Adoption des mesures de prévention recommandées par les pouvoirs publics face à l’épidémie de Covid-19 pendant la période de confinement en France métropolitaine. Enquête CoviPrev, 2020

L. Lasbeur, J-M. Lecrique, J. Raude, C. Léon, I. Bonmarin, E du Roscöat, P. Arwidson Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, BEH, 2020, n°16, pp. 323-333, Références.

Pendant l’épidémie du Covid-19, dès l’annonce du confinement par le gouvernement (17 mars 2020), Santé publique France a mis en place un dispositif de surveillance visant à estimer le niveau d’adoption des mesures de prévention recommandées par les pouvoirs publics.

Cinq vagues d’enquêtes ont été menées entre le 30 mars et le 6 mai 2020. Au cours de chacune d’elles, ont été interrogées par le biais d’un questionnaire en ligne auto-administré, 2000 personnes âgées de 18 ans et plus, résidant en France métropolitaine. Les données présentées concernent au total, 10 013 individus.

La principale variable d’intérêt de l’étude était le nombre moyen de mesures de prévention systématiquement adoptées parmi les 7 mesures recommandées par les pouvoirs publics, à savoir : Se laver régulièrement les mains, Saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades, Tousser dans son coude, Utiliser un mouchoir à usage unique, Rester confiné à la maison, Limiter toutes formes d’interactions, Garder une distance d’au moins un mètre.
Les variables explicatives ont été réparties dans trois blocs distincts : les variables sociodémographiques, les conditions de vie liées à l’épidémie de Covid-19 et au confinement, les variables cognitives et affectives associées (perceptions et connaissances).

Les résultats montrent que plus de 5 mesures sur 7 ont été en moyenne systématiquement adoptées sur toutes les vagues d’enquête. L’adoption systématique de l’ensemble de ces mesures a significativement diminué entre les vagues 2 et 6 à l’exception de « Se saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades » qui est restée stable. La seule mesure ayant progressé pendant la durée du confinement a été le port du masque en public qui a augmenté progressivement et significativement entre chaque vague, sachant que ("le port du masque en public pour la population" n’a été "recommandé par le Haut conseil de la santé publique" que "le 24 avril 2020", soit "40 jours après le début du confinement", et "comme mesure complémentaire des mesures d’hygiène et de distanciation physique").

Le nombre moyen de mesures adoptées a été plus élevé parmi les CSP+ que parmi les CSP- et les inactifs. Il a augmenté de façon linéaire avec l’âge et s’est révélé plus élevé parmi les personnes déclarant avoir un proche ayant eu des symptômes du Covid-19.
Les hommes ont adopté moins de mesures de prévention recommandées par les pouvoirs publics que les femmes, de même que les personnes déclarant avoir continué à travailler à l’extérieur de leur domicile par rapport aux autres répondants, mais aussi les personnes ayant un plus faible niveau de littératie en santé.
Aucune différence n’a été observée selon le niveau de diplôme, la situation financière perçue ou selon que les personnes aient déclaré avoir eu ou non des symptômes du Covid-19.

_ Mais à elles seules, les variables cognitives et affectives expliquent 24,7 % de la variance observée.
Les trois facteurs les plus fortement associés au nombre de comportements de prévention systématiquement adoptés ont été, par ordre d’importance, la norme subjective (approbation et adoption des mesures par les proches), la capacité perçue à adopter les mesures recommandées et, dans une moindre mesure, la gravité perçue de la maladie. Depuis 2010, de nombreuses études ont confirmé que les comportements de prévention en contexte épidémique étaient fortement influencés par les normes subjectives.

Une limite importante de l’étude est son caractère déclaratif qui a pu conduire à une surestimation de la proportion de personnes ayant adopté les mesures de prévention recommandées.

Les résultats suggèrent que les leviers les plus importants à travailler pour favoriser l’adoption de comportements adaptés sont la norme sociale et l’auto-efficacité (capacité perçue à mettre en œuvre les mesures préconisées). Les auteurs "soulignent l’importance de mettre à disposition des populations, des contenus simples et faciles d’accès, mais aussi " de créer les opportunités dans les environnements physiques et sociaux pour faciliter la mise en œuvre" des recommandations (accès au matériel de prévention, organisation symbolique de la distanciation physique dans les lieux fortement fréquentés), mais aussi développer une stratégie de communication s’appuyant "sur la valorisation et le rappel d’une norme positive d’adoption des mesures de prévention pour soi-même et pour autrui, en ciblant notamment les jeunes adultes et les hommes".

(publié le 23 juin 2020)