Benzodiazépines et travail

P. Hache Références en Santé au Travail, 2019, n°157, pp. 151-157. Bibliographie

Selon l’enquête du Baromètre santé 2010, 35,1% de la population de 18 à 64 ans déclarent avoir expérimenté les médicaments psychotropes au cours de leur vie et 17,5% en ont consommé au cours de l’année écoulée.
Parmi les 8 pays européens, la France arrive en deuxième place en matière d’usage de ces molécules derrière l’Espagne et si depuis 2000, l’usage des benzodiazépines diminue en France, le nombre d’usagers reste élevé.
Les benzodiazépines et apparentés représentent une part importante de ces médicaments en raison de leurs propriétés anxiolytiques et hypnotiques.
65% des usagers prévalents de benzodiazépines sont des femmes d’âge médian 57 ans.
Les risques tiennent à la dépendance aux benzodiazépines (difficile à évaluer), au syndrome d’interruption du traitement (sevrage) qui peut s’accompagner de divers symptômes invalidants.
La prise de benzodiazépines ou d’apparentés est facteur de risques :

  • augmentation significative du risque routier quel que soit l’âge : et d’ailleurs, le conditionnement extérieur de ces médicaments comporte un pictogramme alertant sur le danger à conduire.
  • augmentation du risque de chute d’environ 40% notamment chez les sujets âgés
  • atteinte des fonctions cognitives et psychomotrices : troubles de l’attention, de la concentration, de la mémoire, atteinte de la mémoire verbale, somnolence, coma, convulsions, dystonie, troubles de la coordination, installation d’une démence type Alzheimer chez les sujets de 50 ans après usage de zolpidem durant plus de 90 jours.

En milieu de travail, la consommation est d’origine mixte, relevant de la vie privée et de la vie professionnelle. Elle est aussi fonction du genre et de la catégorie socio-professionnelle. Elle concerne 30% des femmes dans la catégorie professionnelle artisans, commerçants et chefs d’entreprise et plus de 12% des hommes dans les catégories ouvriers, employés, professions intermédiaires et cadres.
L’exposition au public multiplie par 2,2 le risque de mésusage de benzodiazépines, une sorte de dopage au quotidien pour rester enthousiaste au travail.
En milieu hospitalier, sur 7% de l’effectif interrogé, 22,6% des agents déclarent avoir consommé des psychotropes au cours des 12 derniers mois.
Il n’existe pas en France, de statistiques d’accidents du travail en lien avec l’usage des benzodiazépines.
Dans le cadre de la prévention, le service de santé au travail mènera des actions collectives relatives aux facteurs liés au travail (tels les risques psychosociaux) et mettra en place une prise en charge des salariés en souffrance.
Il mènera aussi des actions à visée individuelle : interrogatoire sur les consommations de substances psychoactives, le mésusage, les effets secondaires, .... le lien avec les situations de travail.
Les salariés seront informés des risques et ceux travaillant en horaires postés ou de nuit recevront des informations spécifiques et adaptées.
Il sera proposé éventuellement un aménagement de poste ou une adaptation du rythme de travail. Un échange avec le médecin de soins peut être conseillé en accord avec le salarié.

(publié le 30 septembre 2019)