Environnement socioéconomique et incidence des cancers en France

J. Bryere, O. Dejardin, L. Launay, M. Colonna, P. Grosclaude, G. Launoy, et le Réseau français des cancers (Francim) Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 2017, n°417, pp. 68-77. Bibliographie

La France fait partie des pays au monde ayant les meilleurs indicateurs globaux de santé mais elle présente aussi un gradient social de mortalité prématuré parmi les plus marqués en Europe et l’objectif de cette étude était de quantifier l’influence de l’environnement socio-économique sur l’incidence des cancers en France et d’en estimer la fraction attribuable.

L’analyse a porté sur 189 144 personnes ayant eu un cancer entre 2006 et 2009 et habitant dans l’un des 16 départements couverts par un registre du Réseau Francim (Réseau français des registres des cancers). L’environnement social des individus a été apprécié au moyen d’un indice agrégé de défavorisation sociale.

Un gradient d’incidence statistiquement significatif croissant avec la défavorisation sociale a été observé pour les cancers de l’estomac, du foie, des lèvres-bouche-pharynx et du poumon dans les deux sexes. Il en est de même pour les cancers du larynx, de l’œsophage, du pancréas et de la vessie chez l’homme et pour les cancers du col de l’utérus chez la femme.
Il est probable que la consommation tabagique, les expositions professionnelles ou aux polluants atmosphériques soient une explication pour quelques localisations, mais il importera d’identifier les médiateurs pour certaines autres.

A l’inverse, un gradient d’incidence statistiquement significatif croissant avec la favorisation sociale a été observé pour le mélanome dans les deux sexes. Il en est de même en ce qui concerne les cancers de la prostate et du testicule chez l’homme et les cancers de l’ovaire et du sein chez la femme. Pour certaines localisations (prostate et sein), il est probable que les différences soient dues à la pratique du dépistage et au sur-diagnostic qui lui est lié.

Ce travail permet d’estimer que près de 15 000 cas de cancers pourraient être évités en France chaque année (notamment en ce qui concerne les cancers du poumon) par une amélioration appropriée des conditions de vie et la promotion de la santé des populations les plus défavorisées.

(publié le 24 mars 2017)