Evolutions de la morbidité et de la mortalité liées au tabagisme chez les femmes en France métropolitaine : une situation préoccupante

V. Olié, A. Pasquereau, F A-G Assogba, P. Arwidson, V. Nguyen-Thanh, E. Chatignoux, A. Gabet, M-C. Delmas, C. Bonaldi Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH), 2018, n°35-36, pp. 683-694. Références.
L’augmentation du tabagisme chez les femmes depuis le début des années 1970 a des conséquences majeures sur la morbi-mortalité des pathologies qui lui sont liées, à savoir le cancer du poumon, la BPCO et l’infarctus du myocarde, qui deviennent les principales causes de mortalité féminine (le cancer du poumon est en passe de devenir la première cause de mortalité par cancer chez la femme devant le cancer du sein).
Depuis le début des années 2000, on note une tendance à la baisse parmi les femmes de 18 à 35 ans mais une forte hausse parmi les femmes de 45-64 ans.
Les niveaux de consommation en France restent très élevés en comparaison des pays anglo-saxons.
L’incidence du cancer du poumon a augmenté chez les femmes de 72% entre 2002 et 2012, mais est restée stable chez les hommes.
Pour les exacerbations de la BPCO, l’incidence des patients hospitalisés a doublé entre 2000 et 2015 chez les femmes (et augmenté de 30% chez les hommes).
Pour l’infarctus du myocarde avant 65 ans, l’incidence a augmenté de 50% entre 2002 et 2015 chez les femmes et de 16% chez les hommes.
Le nombre estimé de décès attribuables au tabagisme a été multiplié par deux entre 2000 et 2014 chez les femmes.
Dans certains pays ayant mis en place des politiques de lutte contre le tabagisme depuis plusieurs années, la morbi-mortalité liée à cette cause s’est stabilisée voire améliorée.
En France, le niveau élevé de prévalence du tabagisme laisse présager un accroissement du fardeau lié à ces pathologies pendant encore plusieurs années.
Si les campagnes de prévention globale du tabagisme doivent perdurer, ne faudrait-il pas développer des campagnes permettant une segmentation des populations cibles afin d’en maximiser les effets bénéfiques ? Pourquoi ne pas envisager pour les femmes, des aides au sevrage différentes de celles des hommes ?
(publié le 11 janvier 2019)