Les entreprises ont-elles raison (et le droit) de se mettre à tester leurs salariés ?

A-S. Bellaiche L’Usine Nouvelle, 29 avril 2020

De grands groupes réalisent déjà ou vont réaliser des tests sur leurs sites français lors du déconfinement. L’objectif est de rassurer les salariés mais le dispositif n’est pas anodin.
Pour ne citer que Veolia, les 50 000 salariés de l’entreprise en France vont se voir proposer sur la base du volontariat, un test RT-PCR (dépistage du virus) et un test sérologique (mise en évidences d’anticorps témoignant d’une contamination antérieure). Les médecins du travail sont autorisés "à procéder à des tests de dépistage du Covid-19 selon un protocole défini par arrêté des ministres chargés de la santé et du travail", mais pour l’instant l’arrêté n’est pas paru.
Le résultat de ces tests sera connu du salarié et du médecin du travail (mais pas de l’employeur) et le médecin du tavail aura la possibilité d’établir un arrêt de travail.
La prise de température se fera également sur la base du volontariat et un résultat supérieur à la normale nécessitera l’arbitrage par le médecin du travail.

En ce qui concerne les tests sérologiques, immunisation n’est pas systématiquement synonyme de protection et beaucoup d’incertitudes existent encore sur les titres d’anticorps neutralisants nécessaires pour assurer une immunité, ainsi que sur la durée de protection de ces anticorps neutralisants. De surcroît, persistent des doutes sur la fiabilité de certains tests et l’homologation est encore en cours.

La Haute Autorité de Santé (HAS) met en garde contre ces pratiques.
Des personnes ayant eu recours à des tests sérologiques non validés scientifiquement ou mal interprétés pourraient se croire protégés et abandonner les gestes barrières, représentant un risque collectif majeur.
"L’emploi des tests sérologiques soulève aussi des questions au sein des relations employeurs-employés. Le médecin du travail aura un rôle à jouer très important".

(publié le 29 avril 2020)