Quels éléments président à l’émergence d’une épidémie virale ? Peut-on la prévoir ?

D. Che La Presse Médicale, 2019, vol. 48, n°12, pp. 1528-1535. Références

L’émergence d’une maladie résulte le plus souvent d’un déséquilibre dans l’interaction entre l’agent infectieux, l’hôte et l’environnement.
Les maladies infectieuses émergentes (MIE) peuvent survenir aléatoirement en raison de la modification des propriétés intrinsèques de l’agent infectieux, mais aussi du fait de mécanismes de mutation et de recombinaison génétique. Il reste encore beaucoup à découvrir sur l’évolution des virus et le rôle de certaines régions du génome des coronavirus humains n’est pas encore complétement élucidé.
Les modifications qui touchent l’individu sont également très importantes dans la survenue de ces MIE, notamment celles qui modifient sa susceptibilité du fait de l’âge, des maladies intercurrentes ou de traitements immunosuppresseurs.
Les modifications des comportements humains peuvent également intervenir en facilitant la transmission.
Les analyses épidémiologiques portant sur les épidémies récentes (notamment Ebola) ont montré un retard de signalement de plusieurs mois des premiers cas, engendrant de nombreuses chaines de transmission.

En termes d’action publique, l’idéal est d’anticiper la survenue de ces MIE mais en se basant sur l’expérience des dernières décennies, il faut développer une veille scientifique et technologique dans une approche multidisciplinaire, mais aussi former les soignants et les professionnels qui interviennent dans la prise en charge des malades et en structurant les activités. Il existe des outils de bonnes pratiques, des procédures validées et des référentiels de formations.
Idem dans le domaine de la recherche qui doit fédérer les compétences, expertises et moyens.
Il faut une infrastructure de santé publique performante et réactive, assurant la surveillance et l’investigation épidémiologique et microbiologique tout en étant décisionnaire, en s’appuyant sur une expertise multidisciplinaire. Cela passe notamment par le maintien d’un ensemble de compétences génériques et d’expertise en "situation de paix" et de capacités opérationnelles mobilisables rapidement.
L’auteur conclut que " nous ne pouvons prétendre être en mesure de prévoir et empêcher la survenue de toutes les émergences infectieuses ….. nous devons alors accepter ce postulat et mettre en œuvre tous les moyens disponible pour nous préparer à la prochaine émergence".

NDLR : Tout est dit dans cet article publié sur internet dès novembre 2019 (alors que l’on ignorait encore tout du COVID-19).

(publié le 2 avril 2020)