Comment évaluer la santé psychologique au travail ?
Principes psychométriques de base

J-L. Tavani, X. Caroff, G. Lo Monaco, J. Collange Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2014, vol.75, n°5, pp. 496-510. Bibliographie

L’évaluation des risques est devenue incontournable depuis que les employeurs sont confrontés à une obligation de résultat et à une formalisation à travers le document unique d’évaluation des risques, qui est le point de départ de la démarche de prévention et de gestion de la santé au travail.
L’objectif de cet article est de saisir la portée et les limites des outils d’évaluation utilisés au quotidien.
En ce qui concerne la santé psychique, nous ne disposons pas d’une métrique précise et objective. La santé psychique au travail repose sur une perception subjective qui est d’origine psychosociale, c’est à dire qu’elle relève d’une combinaison de facteurs individuels et sociaux. C’est d’ailleurs pour cette raison que le stress est dit "perçu".
La définition du stress n’étant pas la même pour tous, le premier temps consiste à définir le concept à évaluer. Les items choisis doivent donc renvoyer aux différents aspects du phénomène étudié.
L’évaluation doit ensuite souscrire à certains principes psychométriques qui sont :

  • la standardisation dans l’objectif d’éviter les biais liés à la situation d’observation et à l’observateur. Cela suppose que la situation d’évaluation soit contrôlée, reproductible et applicable à tous de façon identique et que les conclusions de l’évaluation soient identiques quel que soit l’évaluateur ;
  • la sensibilité qui est la capacité d’un item (ou d’une somme d’items) à distinguer les différents niveaux de la dimension à évaluer. Une évaluation sera dite sensible si la distribution des scores observés reflète une distribution attendue, de référence et "si pour la population étudiée, la plupart des scores sont observés aux alentours du milieu de l’échelle (pour une dimension non pathologique), comme c’est le cas dans une distribution normale" ;
  • la fidélité qui recouvre trois aspects : la consistance interne (ou homogénéité), la constance (ou stabilité) temporelle, l’équivalence de l’évaluation. Une évaluation fidèle sera une évaluation qui ne sera pas ou peu entachée par une erreur de mesure. "Néanmoins, une mesure peut être fidèle, avoir une bonne consistance interne, une bonne stabilité temporelle, mais évaluer d’autres choses que celles pour les quelles elle a été envisagée". Ainsi si la fidélité est une condition nécessaire, elle est non suffisante pour obtenir une évaluation de bonne qualité ;
  • la validité : "l’évaluation doit bien évaluer ce qu’elle cherche à évaluer, sans évaluer d’autres aspects, qui seraient proches mais pour autant distincts".
    La validité n’est pas une propriété de l’outil utilisé mais bien une propriété de l’évaluation et plus particulièrement, elle permet de justifier des interférences et des interprétations que l’on peut réaliser à partir d’un score. Un outil n’est pas valide par essence, il l’est pour un usage donné.

Quid du questionnaire ? Faut il être "pour", faut il-être "contre " ?

  • Le questionnaire est intéressant lorsque l’effectif de répondants potentiels est suffisamment important d’autant que tous ne compléteront pas le questionnaire. Il est utopique d’utiliser le questionnaire pour un effectif inférieur à 80-90 participants. Par contre, un effectif important donne de la robustesse à l’étude.
  • Il faut aussi tenir compte des objectifs de l’évaluation. Si son but est de faire émerger des actions de prévention primaire ou secondaire, le questionnaire est utile, mais si l’évaluation vise la mise en place d’actions de prévention tertiaire, de prise en charge individuelle, l’évaluation sera plus efficace par le biais d’entretiens structurés.

Enfin se pose le problème de la restitution des résultats. Elle doit être réfléchie en amont de l’évaluation. Et il faut notamment s’interroger sur la possible identification des participants mais également sur la possible utilisation des résultats par les individus qui prendront connaissance de ces derniers.

(publié le 26 février 2015)