Conduite suicidaire chez l’adolescent et l’adulte

S. Richard-Devantoy, P. Duverger, B. Gohier, J-B. Garré La Revue du Praticien, 2010, vol.80, n°2, p. 273-278
Le suicide est la 6e cause de mortalité dans le monde chez l’adulte d’âge moyen. En France, le suicide reste la première cause de mortalité chez les 25-34 ans et la deuxième chez les 15-24 ans après les accidents de la voie publique. Le taux de suicides est plus élevé dans certaines régions (Bretagne intérieure, puis Basse-Normandie, Picardie et pays de la Loire).
Les facteurs de risque sont le sexe (plus de suicide chez les hommes mais plus de tentatives chez les femmes), l’âge (entre 20 et 55 ans puis au-delà de 65 ans), le statut socioprofessionnel (isolement relationnel essentiellement par veuvage ou divorce, perte d’emploi ou inactivité professionnelle), les antécédents de tentative de suicide (30 à 40% récidivent et 10% décèdent par suicide dans les 10 ans), les pathologies psychiatriques (troubles de l’humeur, troubles psychiatriques, abus de substances, troubles de la personnalité).
Il existe un syndrome présuicidaire (triade de Ringel marquée par une constriction affective des valeurs et des relations, une agressivité inexprimable pouvant aller jusqu’à la rage impuissante, et une exacerbation et une répétition des idées de mort) non lié à l’existence d’une pathologie psychiatrique.
Plusieurs modèles explicatifs (génétique, biologique, psychosocial et psychologique) tentent d’éclairer la pathogénèse du suicide.
L’évaluation du potentiel suicidaire est triple : prise en compte des facteurs de risque prédisposant au passage à l’acte, des facteurs d’urgence témoins de l’imminence du geste et des facteurs de dangerosité comme l’accessibilité et la létalité du moyen envisagé.
Tout suicidant ou en crise suicidaire doit être hospitalisé au moins trois jours dans une unité dédiée afin d’établir un éventuel diagnostic psychiatrique, de guider la prise en charge et de renouer les liens avec l’entourage dans un lieu tiers et suffisamment neutre. Une fois la crise passée, une prise en charge ambulatoire peut être proposée sous couvert de psychothérapies plus ou moins approfondies, ou d’un traitement médicamenteux étiologique. Dans certains, cas, il peut être nécessaire d’hospitaliser le patient dans un service de psychiatrie (éventuellement sans son consentement). Enfin, il faut se préoccuper de l’entourage du suicidant (entretiens familiaux, voire psychothérapie et dispositifs d’écoute et de soutien en cas de suicide abouti).
(publié le 27 avril 2010)