Démotivés.
Ces salariés qui se désengagent

S. Béchaux, F. Guinochet Et entretien avec C. Lévy-Leboyer Liaisons Sociales magazine, 2008, N°95, pages 18-26

Les Français ne sont plus prêts à tout sacrifier pour leur vie professionnelle. Ils ont dorénavant d’autres centres d’intérêt. Ces états d’âme sont de plus en plus masculins. Le désengagement au travail se manifeste sous forme d’augmentation de l’absentéisme, de baisse de la qualité des produits ou d’explosion du turnover. Les auteurs dressent les portraits de ces « désenchantés » :

  • l’absent : généralement un jeune « qui a perdu toute illusion par rapport à son travail, » et qui s’autopaye « en s’offrant des congés indus pour compenser les désagréments de son emploi » (6 à 7 % des arrêts maladie seraient abusifs),
  • le procédurier : « un cadre exclusivement, qui crée du contentieux ou de la polémique pour se faire licencier avec un chèque »,
  • le rebelle : très investi dans sa vie professionnelle et jouissant d’un potentiel d’évolution avéré, il n’est « pas fâché avec le travail mais avec le salariat »,
  • l’usé : il compte les jours qui le séparent de la retraite à taux plein,
  • l’individualiste : il a un comportement de mercenaire et se désintéresse de l’aventure collective,
  • l’hédoniste : il « refuse de tout sacrifier au boulot »,
  • le résigné : se sentant exclu des décisions stratégiques, il a perdu espoir, il subit et « attend que ça passe ».

Selon les auteurs, le désengagement des seniors doit beaucoup aux politiques RH menées par leurs employeurs. Claude Lévy-Leboyer, professeur émérite de psychologie du travail à l’université Paris V note que les employeurs mais aussi les syndicalistes ont gardé une vision très simpliste de la motivation, axée sur une logistique matérielle. Mais la rémunération n’est plus un moteur et les nouvelles organisations du travail ne permettent plus de récompenser avec justice. Pour remotiver les troupes, « la communication est essentielle (les salariés ont besoin de comprendre la stratégie de leur entreprise et le rôle qu’il ont à y jouer ) ». Il faut aussi « développer les compétences managériales pour apprendre à donner du sens au travail de chacun ».

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(publié le 25 mars 2009)