Devenir des patients reçus en consultation de souffrance psychologique au travail au CHU de Reims en 2012

S. Michelet, F-X. Lesage Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2015, vol.76, n°1, pp. 11-20. Bibliographie
Une étude rétrospective a été réalisée en 2013, portant sur une population de patients ayant consulté au moins une fois au cours de l’année 2012, dans l’unité de pathologie professionnelle du CHU de Reims pour un syndrome anxieux et/ou dépressif lié au travail.
Les patients (133) étaient majoritairement des femmes (73%), des employés et le secteur d’activité principal était celui de la santé et de l’action sociale, suivie du commerce, des activités de service et de l’industrie. La catégorie des ouvriers était sous-représentée.
Sur les 101 sujets répondants, 92% avaient connu une période d’arrêt maladie de 7 mois en moyenne avec un suivi (par psychologue ou psychiatre), voire un traitement psychotrope pour 3 patients sur 4, et ce pendant un an.
Deux salariés sur 3 du secteur privé avaient perdu leur emploi en raison d’un licenciement suite à une inaptitude médicale au poste. Un salarié sur deux est resté dans son entreprise et la moitié des sujets ayant perdu son emploi en a retrouvé un dans un délai de 4,5 mois. 47% des non retraités cherchaient un emploi et une perte de revenus de 25% était constatée en moyenne. Le fait d’avoir quitté l’entreprise n’améliorait pas de façon significative l’état de santé psychologique.
La Sécurité sociale a reconnu en accident du travail ou en maladie professionnelle, 7 des 16 déclarations de pathologies liées à la souffrance au travail. Trois personnes avaient obtenu une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé.
L’étude comporte de nombreux biais notamment un biais de recrutement (les salariés vus en consultation étaient adressés par leur médecin du travail et avaient fait la démarche d’accepter de se rendre à une consultation auprès d’un spécialiste). De plus l’effectif est restreint, l’enquête rétrospective. Il n’a pas été utilisé de questionnaire standardisé pour évaluer l’état de santé psychique des sujets et les situations et mécanismes pathogènes n’ont pas été clairement et systématiquement notés dans le dossier.
Les secteurs les plus touchés sont le tertiaire et notamment le secteur de la santé et de l’action sociale.
Un sujet sur 4 n’avait pas souffert antérieurement de troubles anxio-dépressifs, ce qui tend à confirmer l’imputabilité des troubles au travail, quel qu’en soit le mécanisme. _ La durée de la prise en charge médicale laisse augurer d’un coût direct substantiel pour les différents protagonistes (le salarié, l’entreprise et la société).
(publié le 11 mai 2015)