Diagnostic organisationnel et prévention des risques psychosociaux dans un établissement d’accueil pour personnes âgées :
L’intérêt d’une méthodologie mixte et participative

C. Jeoffrion, J-P. Hamard, S. Barre, A. Halim Boudoukha Le Travail Humain, 2014, vol.77, n°4, pp.373-399. Bibliographie
Cet article a pour objectif de montrer l’intérêt que représente une méthodologie mixte et participative dans le processus de prévention des risques psychosociaux (RPS) à partir de la présentation d’un diagnostic "psycho-socio-organisationnel", menée au sein d’un établissement d’accueil pour personnes âgées.
La méthode quantitative comportait un questionnaire en deux parties, administré aux 57 salariés de la structure. La première partie proposait quelques questions sur l’influence perçue du travail sur la santé en général, sur l’estimation de la satisfaction au travail, de la fatigue, de l’état du stress global. La seconde partie était constituée de trois questionnaires validés auto-administrés qui se complètent en permettant de donner des résultats chiffrés sur différentes dimensions se rapportant à la santé mentale des salariés et à l’organisation du travail : le Job Content Questionnaire (JCQ), le Maslach Burn-Out Inventory (MBI), L’Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS).
La méthodologie qualitative repose sur la passation d’entretiens semi-directifs individuels, sur la base du volontariat. 20 entretiens individuels ont pu être réalisés ainsi qu’un entretien collectif mené auprès de deux salariés travaillant de nuit.
Le taux de retour du questionnaire à été de 82,5% témoignant de l’intérêt et de la volonté des salariés pour ce sujet.
L’enquête qualitative permet d’effectuer une photographie de la santé des salariés à un moment donné et d’identifier un profil salarié qui semble le plus touché par les risques psychosociaux : une femme âgée de 30 à 39 ans, occupant la fonction d’ASH ou d’AS et ayant une ancienneté allant de 3 à 10 ans.
Les résultats de l’enquête quantitative font état de quatre tensions : tensions du côté des changements du travail, tensions du côté des contraintes de travail, tensions du côté des relations des comportements, tensions du côté des valeurs et exigences du salarié.
Les principaux résultats mis en évidence grâce à la méthodologie mixte et participative sont assez contrastés, car les moyennes aux différents questionnaires évaluant les RPS sont plutôt inférieures aux moyennes nationales, tout en faisant état de grandes disparités en fonction des catégories socioprofessionnelles. Les AS, ASH, AMP et infirmières se trouvent ainsi en première ligne des personnes ciblées par de possibles troubles.
Les divers facteurs de RPS mis à jour par ce diagnostic au sein de l’EHPAD peuvent être analysées à la lumière du concept de "qualité empêchée", régulièrement exprimée lors des entretiens.
L’approche systémique a privilégié dans cette étude l’interrogatoire de l’ensemble des salariés de la structure. Elle "repose sur le fait de considérer le contexte d’interventions comme un ensemble. Les deux principes sur lesquels repose cette approche sont que le tout est plus que la somme de ses parties et que ce qui importe n’est pas la prise en compte de chacune de ces parties, mais leur relation. Or le diagnostic mis en place repose bien sur l’articulation des données obtenues par toutes les catégories de personnel de manière à avoir une vue d’ensemble, et non parcellaire, des questions soulevées en vue de favoriser le changement organisationnel".
(publié le 9 mars 2015)