Dossier
Les risques psychosociaux

S. Delattre Liaisons sociales magazine, 2010, n°108, 99-105

Jamais le stress n’a suscité autant d’attention. Il y a urgence semble -t-il car la crise risque d’accentuer les risques psychosociaux. Selon l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail, "le risque psychosocial prend la première place dans les consultations de pathologies professionnelles".
Certaines grandes entreprises sont déjà passées à l’action et appliquent grosso modo les mêmes recettes : numéro vert d’écoute, cellule de veille, évaluation du stress sur la base de questionnaires remplis lors des visites médicales, mise en place d’observatoires.
Les entreprises sont cependant réticentes à l’idée que l’organisation du travail soit source de tensions. et se contentent le plus souvent de solutions individuelles (soutien des salariés dits fragiles, détection des signaux faibles). Selon certains spécialistes, les entreprises n’ont aucune approche globale et ne réfléchissent pas suffisamment à une action dans les domaines managérial, individuel et organisationnel.

Les autres pays d’Europe confrontés aux mêmes problématiques réfléchissent aussi à régler ces situations.

  • En Espagne, les problèmes liés à la santé mentale sont la quatrième cause des arrêts de travail et 70% des salariés sont persuadés que les discriminations pour raison d’âge ou de sexe sont en hausse. Des responsables syndicaux affirment que l’organisation du travail est en cause mais "ouvrir le débat est compliqué dans un pays où le patronat opte pour la compétitivité à base de réduction des coûts et non pas en misant sur la valeur ajoutée".
  • Aux Pays-bas, les pouvoirs publics ont mis fin à un régime généreux profitant notamment à des personnes souffrant de problèmes psychiques. Il est vrai qu’en 2005, la population active de 9 millions de personnes comptait 10% d’invalides (dont 1/3 souffrait de problèmes psychologiques ou de stress).
  • En Allemagne, les grandes entreprises se sont saisies du problème depuis une bonne dizaine d’années mais les PME ont plus de difficultés.
  • Au Royaume-Uni, les pouvoirs publics ont lancé un programme visant à analyser les conséquences de l’absence de bien-être au sein de la population. L’absentéisme pourrait faire perdre 10 à 14 millions de journées de travail par an aux entreprises britanniques ; malgré cette prise de conscience des autorités, les employeurs britanniques ne sont pas préparés à affronter le stress de leurs employés.
  • En Belgique, les employeurs sont tenus de mener des politiques actives de prévention des risques psychosociaux. Des outils ont été mis en place dont le questionnaire Woccq (working conditions and control questionnaire) mis au point par l’université de Liège et qui fait référence en Belgique.

"Selon la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, 22% des Européens sont affectés par le stress. En 2007, Il a causé l’absence au travail de 17 millions de personnes ; par ailleurs, 28% des salariés de l’UE travaillent dans des conditions susceptibles d’altérer leur santé mentale".

(publié le 29 avril 2010)