Effets des facteurs psychosociaux au travail sur la santé mentale.
Une revue de la littérature des études prospectives portant sur trois modèles émergents

R. Ndjaboué, M. Vézina, C. Brisson Travail et Emploi, 2012, n°129, pp.23-34. Bibliographie

Des études prospectives ont permis d’identifier certains facteurs psychosociaux susceptibles de détériorer la santé mentale.
Leur identification passe par deux modèles largement documentés

  • Le modèle demande-latitude-support (DLS) appelé aussi Job strain model, de Karasek. Il mesure les caractéristiques du milieu de travail tels que les aspects de l’environnement et de l’organisation du travail. Ce modèle part du principe qu’une demande psychologique élevée, une faible latitude décisionnelle ou la combinaison des deux constituent des facteurs de risque pour la santé des travailleurs. Une troisième composante a été ajoutée secondairement mesurant l’aide apportée par les collègues de travail et la hiérarchie.
  • Le modèle déséquilibre-effort-reconnaissance (DER) de Siegrist. Il repose sur le principe de réciprocité des efforts et de la reconnaissance et part du principe qu’il y a risque pour la santé lorsque les efforts fournis sont plus élevés que la reconnaissance reçue. Ce modèle inclut une dimension individuelle mais "ne permet pas de mesurer les effets de certaines contraintes psychosociales telles que le climat managérial ou le climat interpersonnel au travail, ni même la dimension infractionnelle entre les hiérarchies."

Trois modèles ont été récemment identifiés :

  • La justice organisationnelle "qui évalue la qualité des interactions sociales au travail, les règles et les normes sociales qui régissent l’entreprise". Ce modèle "permet de mesurer les situations survenues sur le lieu de travail, au-delà de l’aspect individuel ou de la comparaison interpersonnelle". Il comporte trois composantes : la justice relationnelle (le soutien social mais aussi la reconnaissance), la justice procédurale (les procédures qui régissent l’organisation) et la justice distributive (les rétributions reçues).
  • Le leadership au travail. Ce modèle fait référence à la capacité qu’a un individu de mener ou conduire d’autres individus ou organisation vers l’accomplissement d’objectifs donnés. Il faut distinguer le leadership autoritaire ou autocratique, participatif ou démocratique et de délégation ou dit de champ libre.
  • La prédictibilité ou prévisibilité du travail qui se définit comme la possibilité pour le travailleur d’anticiper les changements potentiels dans son environnement de travail et d’autre part, la maîtrise de son environnement professionnel dont il est acteur.

Ces trois modèles émergents permettent de mesurer certains facteurs psychosociaux non pris en compte par les modèles DLS et DER et mériteraient selon les auteurs, "d’être intégrés dans de futures études prospectives sur la santé au travail".

(publié le 22 novembre 2012)