Effets du stress psychosocial en cardiologie

J-P. Houppe La Presse Médicale, 2013, vol.42, n°6, pp.1042-1049. Bibliograhie

Contrairement à ce que l’on pensait encore il y a quelques années, la personnalité de type A (compétitivité, impatience, exigence, besoin de reconnaissance) n’est plus considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire. Ce sont plutôt les patients de type D (faible investissement émotionnel, inhibition sociale, tendance dépressive et forte hostilité) qui sont à haut risque ; l’hostilité cognitive (ressentiment, suspicion) étant plus toxique pour le devenir cardiovasculaire que l’hostilité comportementale (violence physique ou verbale).
Sont également facteurs de risque : le pessimisme, le stress post-traumatique, le burnout.
Outre ces facteurs psychologiques, il existe des facteurs sociaux péjoratifs : origine sociale induisant précarité, soins maternels défaillants ou violences dans la petite enfance, solitude, isolement social, faible niveau éducatif.
Sont protecteurs : le support social (surtout pour la femme), le statut socio-économique, la spiritualité, la religiosité qui offrent un but de vie.

Le stress psychosocial a un triple impact :

  • comportemental (reprise d’une addiction au tabac, comportement alimentaire inadapté, faible activité physique, mauvaise observance thérapeutique) ;
  • biologique (une cascade de réactions biologiques favorise la survenue d’un athérome précoce et de phénomènes thrombotiques aigus) ;
  • génétique (hyperréactivité au stress, tendance à l’anxiété généralisée) pour les individus issus de femmes stressées pendant la grossesse).

Tout cela s’inscrit dans une sorte de cercle vicieux : la survenue de la maladie va être elle-même pourvoyeuse de stress psychosocial. L’apparition d’une maladie chronique quelle qu’elle soit, entraîne une souffrance psychique intense et une perturbation des buts de vie (qui est un critère de mauvais pronostic). La seule peur de mourir au cours d ’un infarctus provoque un risque de mourir de peur dans les semaines qui suivent.

La prise en charge de ce stress psychosocial repose sur

  • des méthodes médicamenteuses (anxiolytiques pour une durée courte, ou antidépresseurs notamment les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, dans le cadre de l’insuffisance cardiaque) ;
  • une activité physique : véritable "drogue miracle" (qui entraîne une diminution d’environ 30% de la mortalité cardiovasculaire), car dotée de multiples effets biophysiologiques bénéfiques ;
  • des méthodes psychothérapiques : réduction du risque de mortalité et de récidive d’infarctus du myocarde (atteignant 40% à cinq ans) par relaxation corporelle, techniques de respiration, sophrologie, training autogène, hypnose, thérapies cognitivo-comportementales, méditation.

"En prévention primaire, le rôle de la médecine du travail est fondamental étant donné la place du stress au travail. Cette prévention concerne la création de structures de travail les moins stressantes possibles et la mise en place de programmes destinés aux salariés dans l’entreprise".

(publié le 29 août 2013)