Entre contrainte et plaisir et travail des cadres

O. Cousin Sciences Humaines, 2009, n°210, p.36-39
Si le travail de nos ancêtres était facile à décrire, celui des cadres actuels l’est beaucoup moins. En effet, "en dehors de situations très particulières, le travail demeure en grande partie invisible parce qu’il mobilise principalement des éléments cognitifs". Le cadre, les yeux rivés sur son écran d’ordinateur ou l’oreille collée au téléphone "n’évoque qu’un travail abstrait et insaisissable". Les salariés échangent beaucoup, c’est pour cela qu’ils donnent d’abord l’impression de discuter, bien plus que de travailler. En réalité, le travail n’est rendu visible qu’une fois accompli, lorsqu’il devient public, c’est à dire qu’il se matérialise sous forme de dossier.
Le management par les objectifs est une des caractéristiques du travail des cadres alors que parallèlement le travail semble très encadré faisant l’objet de procédures strictes. Mais la réalité est toute autre : les cadres doivent sans cesse "traduire des demandes implicites, saisir des intentions, faire preuve de souplesse et de tact politique". C’est là toute la différence entre le travail prescrit et le travail réel. En effet, l’environnement fait souvent obstacle et se conformer aux consignes risque d’entraver le bon déroulement de leur travail. De ce fait, ils doivent ruser, ne pas toujours respecter les règles voire les transgresser pour être performant et efficace. En conséquence, l’autonomie dont ils disposent l’est par défaut. Si en récupérant ainsi une part de leur travail, il se le réapproprient, ils ne peuvent le faire valoir, et de fait n’auront ni récompense, ni reconnaissance.
Le travail est aussi fait d’une multiplicité de tâches sur lesquelles les cadres n’ont guère de maîtrise (téléphone, messagerie, réunions, passage de collègues dans le bureau) et qui parasitent l’activité.
Il en ressort que le travail est à la fois source de plaisir et de satisfaction ( offrant des marges de liberté et d’action et participant à la construction de soi) mais aussi contrainte voire désarroi face aux multiples obstacles à surmonter.
(publié le 7 avril 2010)