Etude exploratoire des caractéristiques professionnelles d’un échantillon de suicidants hospitalisés

S. François, J-B. Garre, M-P. Guiho-Bailly, A. François, C. Bertin, J. Bodin, B. Gohier, Y. Roquelaure Santé Publique, 2011, n°2, pp. 101-112.Bibliographie
Un auto-questionnaire a été proposé à 150 suicidants hospitalisés au CHU d’Angers entre novembre 2008 et mai 2009, avec l’objectif de mettre en exergue les caractéristiques professionnelles des suicidants actifs ayant un emploi. Les questions étaient posées 48 h après la tentative de suicide afin de limiter la présence d’effets neurologiques, notamment cognitifs en cas d’intoxication médicamenteuse volontaire.
Les questionnaires de 87 suicidants actifs ont pu être analysés.
Les contraintes subies par les suicidants sont essentiellement un stress intense au travail (la moitié de l’échantillon), les rapports tendus avec la hiérarchie, les tensions avec les collègues, une dégradation des rapports sociaux dans l’entreprise, des menaces ou humiliations au travail, une conscience heurtée en lien avec un travail réalisé en contradiction avec l’éthique professionnelle, une insuffisance de la reconnaissance du travail accompli.
Il est constaté une prédominance des situations tendues au travail parmi la catégorie des artisans, commerçants, chefs d’entreprise, celles des professions intermédiaires, celle des ouvriers et celle des employés. Les femmes sont davantage en situation tendue au travail.
L’effectif étant faible, il convient de garder une interprétation prudente et de compléter ce travail par l’étude d’une population témoin pour comparer leurs conditions de travail.
Les auteurs font également remarquer que les tentatives de suicides liées au travail ne sont que la partie visible de l’iceberg, car bien plus nombreux sont les passages à l’acte évités de justesse par l’intervention du médecin du travail, du médecin traitant ou parce que le travailleur s’est présenté de lui-même dans un service de soins.
(publié le 21 juillet 2011)