Evolution des facteurs psychosociaux au travail dans une région française
Evolution of psychosocial factors at work in a French region

C. Bègue, N. Fouquet, J. Bodin, A. Ramond-Roquin, J.F. Huez, C. Bouton, Y. Roquelaure Occupational Medicine 2016, vol 66, n°2, pp. 128-136. Bibliographie.

Les facteurs de risques psychosociaux au travail (PFW) peuvent être définis comme tous les risques professionnels non physico-chimiques. Plusieurs modèles épidémiologiques ont été proposés pour mesurer le PFW, mais l’un des plus largement utilisés est le modèle de Karasek.

Cette enquête française détermine si les facteurs psychosociaux, évalués par le questionnaire de Karasek, ont augmenté dans une cohorte de travailleurs. Pour cela, un échantillon aléatoire de travailleurs dans les Pays de Loire (France), qui peuvent être considérés comme représentatifs de la population de travailleurs salariés de la région, a rempli un questionnaire auto-administré incluant le questionnaire de Karasek, en 2002-2005 et 2007-2009.
Le questionnaire de Karasek peut être utilisé pour l’étude de trois dimensions psychosociales (la demande psychologique, la latitude décisionnelle et le soutien social, en milieu de travail) chez les travailleurs afin de définir deux situations à haut risque pour leur santé : le job strain (combinaison d’une forte demande psychologique et d’une faible latitude décisionnelle) et l’iso-strain (qui combine le job strain et l’isolement).

Les changements dans le stress au travail ont été étudiés en fonction des caractéristiques sociodémographiques des travailleurs et de leurs conditions de travail. Dans cet échantillon de 2 049 travailleurs, la population avec iso-strain a augmenté entre les deux périodes de 12 % à 16 % (p < 0,001), principalement chez les travailleurs manuels.
La détérioration des indicateurs de Karasek a été principalement expliquée par une augmentation de la dimension « faible soutien social » (38 % versus 49 %, p < 0,001).
Les conditions de travail telles que l’emploi temporaire de collègues et un haut niveau perçu d’effort physique étaient associées à des PFW plus élevés.

Cette étude, basée sur un modèle quantitatif et collectif, a montré une détérioration des environnements des équipes de travail et un risque accru pour la santé mentale individuelle dans cette cohorte de travailleurs français au cours de ces dernières années.

(publié le 4 juillet 2016)