Exposition aux contraintes psychosociales en milieu de travail : résultats de l’enquête SUMER 2003 dans les Pays-de-la-Loire

A. François, C. Ha, D. Waltisperger, S. François, S. Fanello, Y. Roquelaure Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°4, pp. 333-340. Bibliographie.
L’enquête SUMER 2003 permet une approche épidémiologique de l’exposition des salariés aux principaux risques professionnels.
Cet article présente les résultats de l’exposition aux contraintes psychosociales dans les Pays-de-la-Loire.
1935 salariés ont été inclus (1110 hommes et 825 femmes), représentants des salariés de la région après redressement par calage sur marges à l’aide d’un outil développé par l’Insee. Ils ont été soumis au Job Content Questionnaire (JCQ) de Karasek afin d’évaluer la demande psychologique, la latitude décisionnelle et le soutien social.
"La forte demande psychologique porte sur la quantité de travail, la charge mentale et les contraintes de temps liées au travail.
La latitude décisionnelle correspond à la possibilité de prendre des décisions dans le déroulement de son travail, mais aussi d’être créatif et d’utiliser et de développer ses compétences".
Une forte demande psychologique concerne 55% de l’ensemble des salariés. Les femmes sont davantage concernées que les hommes ; les professions les plus exposées sont les ingénieurs et cadres techniques d’entreprise, ainsi que les cadres administratifs et commerciaux d’entreprise.
49% des salariés ont une faible latitude décisionnelle ; et le pourcentage s’accroît quand il s’agit d’intérimaires.
41% des salariés ont un soutien social faible, les femmes plus souvent que les hommes (mais sans que la différence soit statistiquement significative).
26% des salariés sont exposés à une forte demande psychologique en disposant d’une faible latitude décisionnelle pour y faire face. Cette situation touche plus souvent les femmes et les intérimaires (36% d’entre eux sont concernés).
16% des salariés sont exposés au cumul des trois contraintes psychosociales. Cette situation très défavorable concerne plus de femmes que d’hommes. "Les secteurs les plus touchés sont l’industrie de biens de consommation, les services aux particuliers, l’agroalimentaire, les transports et les services aux entreprises. Les professions où ces situations sont retrouvées le plus fréquemment sont les ouvriers non qualifiés de type industriel, les manutentionnaires, les employés civils et agents de service de la fonction publique, les employés de commerce, les personnes de services directs aux particuliers ainsi que les ouvriers qualifiés de type industriel.
Une démarche de prévention dans le cadre du stress au travail implique une action sur l’organisation du travail et notamment une possibilité de marges de manœuvre suffisantes, individuelles et collectives. Cela suppose des relations de confiance entre les sujets qui vont permettre la construction de liens de coopération. Au cours de ces deux dernières décennies, le contexte économique et les modes de management ont conduit à l’éclatement des collectifs. La démarche de prévention suppose la reconnaissance du travail réel et l’abandon d’un mode de fonctionnement managérial où planent la menace du licenciement, l’incertitude sur le travail et sur l’emploi.
(publié le 22 novembre 2011)