Expositions psychosociales et santé : état des connaissances épidémiologiques

D. Chouanière, C. Cohidon, C. Edey Gamassou, F. Kittel, A. Lafferrerie, V. Langevin, M-P. Moisan, I. Niedhammer, L. Weibel Documents pour le Médecin du Travail, 2011, n°127, pp.509-517
Cet article a pour objectif de synthétiser l’ensemble des connaissances sur les liens entre les conditions de travail et l’état de santé.
Le stress chronique au travail est en lien avec des "sources de stress" qui sont à la fois des contraintes, c’est à dire des situations qui relèvent de la perception subjective des conditions de travail et des facteurs organisationnels qui relèvent de facteurs objectivables du travail, factuels (tels que le nombre hebdomadaire d’heures de travail).
L’accumulation des contraintes est un facteur aggravant surtout lorsque certaines sont antagonistes ; notamment une forte contrainte psychologique et une faible marge de manœuvre (job strain de Karasek) ou une forte existence de productivité et de faibles récompenses (déséquilibre efforts-récompenses de Siegrist). Il faut ajouter le support/soutien social qui évalue la perception de l’aide apporté par les collègues et l’encadrement de proximité pour réaliser son travail.
D’autres contraintes se font jour notamment les conflits éthiques, l’injustice organisationnelle, la mauvaise qualité du leadership, l’insécurité de l’emploi et du salaire, la dissonance émotionnelle, les conflits de rôles, les injonctions contradictoires, la violence interne et la violence externe.
Les facteurs organisationnels peuvent être regroupés en quatre catégories : le contenu du travail, l’organisation du travail et la gestion des ressources humaines, la qualité des relations du travail, l’environnement physique. Se surajoutent des facteurs liés au contexte sociologique et économique du monde du travail, à savoir les évolutions sociologiques (telles que l’utilisation croissante des techniques de communication à distance, l’individuation de l’activité professionnelle avec sur-responsabilisation, l’exigence ou l’agressivité de la clientèle...), la situation macro-économique (avec la densification du travail, l’instabilité de l’emploi, l’importance de la concurrence nationale et internationale, les difficultés économiques conjoncturelles, etc.).
Le stress perçu est évalué par les symptômes qu’il entraîne, à savoir des effets physiques (douleurs, troubles du sommeil, troubles digestifs ..), des effets émotionnels (sensibilité et nervosité accrues), des effets intellectuels (perturbation de la concentration, difficultés à prendre des décisions...). Ces symptômes peuvent avoir des répercussions sur le comportement (conduites dopantes, fuite par rapport à un environnement agressif). Enfin, le stress biologique peut se mesurer par de nombreux marqueurs physiologiques et biologiques.
Un certain nombre de pathologies ont des liens avec les contraintes au travail et les facteurs organisationnels. Un tableau récapitule les liens bien établis, ceux qui le sont moins et ceux qui ne sont pas encore étudiés. Nous ne citerons que quelques exemples.
C’est ainsi que le niveau de preuves est élevé pour les coronaropathies, le syndrome métabolique, l’HTA, les troubles glucido-lipidiques, l’obésité, certains TMS, les états de détresse psychologique, les troubles dépressifs, face aux contraintes "Karasek" .
Le niveau de preuves est modéré pour les maladies cardiovasculaires face aux contraintes "Siegrist" ou aux facteurs organisationnels (tels que des changements organisationnels récurrents et un temps de travail prolongé et pour les accidents vasculaires cérébraux face aux contraintes Karasek.
Le niveau est aussi modéré pour la dépression et les troubles anxieux, en lien avec les contraintes au travail perçues , l’insécurité de l’emploi, les violences internes et les changements organisationnels récurrents.
Le niveau de preuves est également modéré pour le burn out en lien avec des contraintes perçues, les conflits éthiques, l’injustice organisationnelle, les conflits de rôle et les injonctions contradictoires. Rentrent également dans cette catégorie de niveau de preuves modéré, les troubles du sommeil, les troubles hormonaux, les troubles de la fertilité, l’auto-perception de la santé et la qualité de vie.
(publié le 8 février 2012)