"Il n’y a pas de stratégies du bien-être déconnectées du bien-faire"

interview de Y. Clot Entreprise et Carrières, 2011, n°1042, pp.28-29
Les entreprises sont contraintes de mettre en place des stratégies de lutte contre le stress au travail. Se développent ainsi des cellules d’écoute psychologique, des méthodes de dépistage de la souffrance, etc. On transforme la question du travail en péril sanitaire. Le travail n’est pas un produit toxique dont il faut se débarrasser. C’est de ne pas pouvoir l’exercer correctement qui est nocif.
"La prise en charge actuelle de la souffrance au travail aboutit à une impasse si elle oublie de traiter le fond du problème à savoir la qualité de travail."
Les salariés ne sont plus fiers de leur travail. il faut toujours plus de rapidité, de performance, d’efficacité mais on oublie de se préoccuper de qualité. "La majorité des salariés garde sur l’estomac ce travail empêché, cette qualité abîmée".
Le plaisir du travail bien fait est la meilleure prévention contre le stress.
Il faut dès lors que ces activités contrariées deviennent des leviers de changement et des moyens d’agir. Aux salariés de s’y attaquer car ils sont les mieux placés pour savoir où est la juste mesure. Aux syndicats de débattre, afin que la performance tienne compte des critères de qualité et non plus seulement de rentabilité.
"La qualité du travail devrait être au cœur de la réinstitutionnalisation des relations sociales. Ainsi les salariés eux-mêmes pourraient reprendre le pouvoir d’agir et l’initiative sur leur activité".
(publié le 21 juillet 2011)