Ils ne mouraient pas tous...

M. Pezé interviewée par S. Canasse La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2008, Tome 22, N°808, pages 852-853

« Ils ne mouraient pas tous...mais tous étaient frappés », c’est le titre de l’ouvrage de Marie Pezé, consacré à sa consultation Souffrance au travail dans les années 1997-2007 (Pearson Education). Cet article est le fruit d’un entretien avec l’auteur à propos de ce livre.

« Le stress n’est pas une pathologie, c’est un processus adaptatif de l’organisme. En revanche, il existe de véritables psychopathologies du travail qui sont des pathologies de surcharge intellectuelle, psychique, ou physique ». Ces pathologies naissent de facteurs multiples : organisation du travail, choix de société, choix politiques, organisation psychique personnelle de chaque travailleur. Elles ne touchent pas les sujets fragiles (comme on le croît souvent à tort) mais les personnes exigeantes quant à la qualité de leur travail. Les patients de la consultation de Marie Pezé présentent des symptômes de névrose post-traumatique en lien avec l’impossibilité de recourir aux deux voies possibles en cas de traumatisme : soit réfléchir à la situation et répondre intellectuellement de manière satisfaisante, soit user de la fuite sensori-motrice. Si l’organisation du travail est parfois pathogène, c’est parce que les méthodes utilisées pour accroître la productivité jouent sur la pression morale plutôt que sur celle de la reconnaissance par les autres, individualisent en cassant les collectifs de travail, estompent les limites entre vie privée et vie professionnelle et mettent les salariés en concurrence entre eux. Cela aboutit à une hyperactivité qui touche tout le monde. Le médecin du travail est le pivot de la lutte contre cette souffrance. Seul un travail en réseau incluant médecins généralistes, médecins du travail, médecins conseils, médecins de la COTOREP, médecins-inspecteurs, psychiatres, psychanalystes et juristes permettra un travail utile et efficace.

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(publié le 28 janvier 2009)