Inaptitude pour souffrance morale au travail : fréquence et accessibiité à la prévention des facteurs de risques psychosociaux

R. Chakroun, E. Barré Références en Santé au Travail, 2012, n°135, pp. 53-59. Bibliographie
Une étude rétrospective descriptive a été menée auprès de 17 médecins du travail volontaires relativement à 34 inaptitudes pour souffrance morale concernant 25 femmes et 9 hommes. Afin de standardiser l’analyse, un outil commun a été utilisé, élaboré à partir du modèle de Karasek et permettant de déterminer la présence ou l’absence de 47 facteurs de risques regroupés en six catégories (contenu de la tâche, organisation du travail, relations sociales, facteurs d’environnement du travail, gestion de l’emploi et des compétences, contexte de l’entreprise).
Chaque catégorie et chaque facteur de risque ont donné lieu à une évaluation de leur implication dans l’inaptitude et de leur accessibilité à la prévention.
17 inaptitudes ont eu pour cadre les micro-enteprises (< 10 salariés), 14 des petites entreprises (11 à 250 salariés) et 3 des entreprises de taille intermédiaire (251 à 5 000 salariés).
Il en ressort que les trois catégories de facteurs de risque les plus impliquées dans les inaptitudes pour souffrance morale sont : les relations sociales, l’organisation du travail, le contenu des tâches.
Dans la catégorie relations sociales : les trois facteurs de risque principaux sont "pas ou peu de contact entre les collègues", "pas ou peu de structure de soutien en cas de difficultés"," pas ou peu de réunions d’informations".
Dans la catégorie organisation du travail : sont particulièrement présents les facteurs de risque suivants : "relations et interactions avec le public", "dysfonctionnements dans le déroulement de la tâche" et "planification des tâches faite oralement".
Dans le contenu des tâches : sont notés en priorité : "répercussions importantes de l’erreur", "surcharge de travail en un temps limité", "fort volume d’informations à gérer en peu de temps".
Il apparaît que les catégories de risques les plus souvent impliquées dans les inaptitudes bénéficient aussi des meilleurs scores d’accessibilité à la prévention ; mais il faut toutefois noter que les scores moyens d’accessibilité à la prévention sont à la fois faibles et peu dispersés autour de la moyenne générale.
En aval de l’inaptitude, et au-delà de la prise en compte du salarié concerné, une démarche de prévention devrait être ouverte au profit des autres salariés en poste dans l’entreprise.
(publié le 31 octobre 2013)