L’autre face de l’absentéisme

D. Monneuse interviewé par S. Cannasse La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2013, n°909, pp. 710-711

Le suprésentéisme qui serait une autre face de l’absentéisme se caractérise par un "comportement qui consiste à travailler alors qu’on est malade et qu’un arrêt est légitime".
Les principales pathologies associées à cette attitude seraient les maladies mentales comme la dépression et les troubles musculosquelettiques, suivies par la migraine, les allergies, et des pathologies assez communes comme le rhume et la gastro-entérite.

L’absentéisme a la réputation d’être souvent injustifié et les managers dans l’ensemble sont persuadés que les absences pour maladie sont abusives et que la plupart des salariés sont paresseux par nature (mais les abus ne représenteraient que 10 à 15% des arrêts selon les études de l’Assurance maladie).

Le surprésentéisme semble lié

  • à des questions financières (personnes payées à la commission qui verront leur salaire diminué si elles sont absentes, salariés n’ayant pas de compensation des jours de carence),
  • à des situations de précarité (salariés en CDD ou en intérim),
  • à des questions d’image (un manager même malade doit montrer l’exemple).

Les professions les plus touchées par ce surprésentéisme sont les médecins, les commerciaux, les commerçants, les travailleurs indépendants, les cadres.

Le surprésentéisme peut avoir des effets néfastes : risque de contagion pour les collègues, baisse de la qualité du travail avec augmentation du risque d’erreurs et d’accidents. Il est exceptionnel qu’il conduise au burnout (terme d’ailleurs souvent employé de manière abusive).
Il peut avoir des effets bénéfiques : lien social et occupation pour les dépressifs (mais les psychiatres ont l’habitude de recommander le contraire).

Pourquoi ne pas réfléchir à chaque épisode de maladie et s’interroger sur l’opportunité de s’arrêter ou pas ? Pourquoi ne pas utiliser le télétravail en étant mesuré, afin de ne pas être obligé de travailler à domicile si on est sérieusement malade ?

(publié le 26 novembre 2013)