La bienveillance en entreprise, mythes et réalités

J-F. Dortier Sciences Humaines, 2015, n°276, pp. 56-59

Ce mouvement en faveur de la bienveillance au travail s’inscrit dans un programme plus vaste en faveur de la promotion de la "gentillesse dans la société", initié par un collectif d’ONG né à Singapour en 2000, et relayé à l’école et à l’hôpital.

Transposée à l’entreprise, la bienveillance se décline selon trois principes élémentaires :

  • considérer les personnes et chasser toutes les pratiques perverses : "les injonctions paradoxales, les exigences démesurées, le management par le stress, le harcèlement, le mépris et l’humiliation". S’intéresser à autrui : un simple mot de soutien ou une écoute suffisent à faire du bien.
  • veiller à la qualité des relations humaines et éviter que les conflits ne s’enveniment entre personnes sous forme de clans. La capacité à déminer les conflits si elle n’est pas innée, peut se cultiver.
  • respecter les conditions de travail (éviter les réunions sans fin, les dérangements intempestifs, les appels ou courriels hors du temps de travail ....).

Cette attitude est payante certes, démontrée sur le plan scientifique par la théorie de la coopération : le don appelant le contre-don, le respect appelant le retour en échange. Mais il semblerait que cette bienveillance fonctionne tant que les entreprises sont florissantes ou que les salariés se serrent les coudes autour d’un manager charismatique. Une étude américaine de 2011 a montré que "les salariés les plus exécrables gagnaient plus que leur collègues plus gentils".

La conclusion est qu’il ne faut rien attendre en retour de la bienveillance et que l’important est d’agir selon sa conscience.

(publié le 28 mars 2016)