La fin du travail bien fait

L. Dumont, S. Foulon Liaisons Sociales magazine, 2011, n°122, pp.20-28
Les exigences de rentabilité des entreprises induisent pour les salariés, des cadences insensées et des pressions excessives. Face à cette situation : l’impuissance des travailleurs à assurer le travail à hauteur des exigences et de fait, une grande frustration.
Le problème est que cette problématique touche tous les métiers et tous les secteurs. Il n’est plus possible d’assurer qualité et rapidité d’exécution. Le professionnel qui souhaite un bel ouvrage se crée des exigences bien supérieures à celles que lui demande sa hiérarchie mais finit par produire un produit dont il n’est pas fier, et ce "mal-travail" a des répercussions en chaîne sur les autres services et sur le travail des autres.
Un autre problème est l’externalisation de certaines tâches, ce qui risque de faire disparaître le cœur du métier. Cette situation inquiète les salariés qui considèrent que l’entreprise prend des risques pour des questions financières, les dépossède de leur métier qui n’a plus de sens en ne leur confiant plus que des tâches redécoupées et en multipliant les procédures. Il faudrait conserver les compétences en interne afin de pouvoir au minimum être capable de contrôler le travail fourni.
Tout cela induit de la démotivation qui est par essence contre-productive.
Mais il n’y a pas de fatalité. ll faut rester optimiste et "réinjecter du sens dans l’activité exercée pour sortir de cette spirale infernale".
"Les entreprises sont perdantes et leurs salariés en souffrance, lorsqu’elles ne leur permettent pas de collaborer ensemble à la définition de ce qu’est la qualité du travail ".
" Le savoir-faire artisanal suppose qu’on apprenne à faire une chose vraiment bien alors que l’idéal de la nouvelle économie repose sur l’aptitude à apprendre constamment des choses nouvelles : ce qui est célébré, ce sont les potentialités plutôt que les réalisation concrètes".
Certaines entreprises reviennent sur la taylorisation des tâches et redonnent aux salariés la vision d’ensemble qu’ils avaient perdue. Il faut aussi des managers qui managent et ne pas accepter de laisser gérer l’entreprise par des parties prenantes externes qui ont tendance à exercer une pression forte et à multiplier les exigences parfois contradictoires. Il faut cesser de vouloir gérer l’entreprise à la place de ses dirigeants et finalement que chacun se remette à son métier.
(publié le 19 septembre 2011)