La fusion-réorganisation dans un groupe financier.
Une analyse des facteurs de risques psychosociaux

D. Messaoudi Travail et Emploi, 2011, n°126, pp.17-33. Bibliographie
Les opérations de fusion-réorganisation ont été menées dans le secteur des banques et des assurances pour rationaliser l’organisation de travail avec l’objectif d’améliorer l’efficience productive. Ces opérations engendrent des modifications des conditions de travail et créent de nouvelles exigences professionnelles assimilables à des facteurs de risques psychosociaux (RPS).
Une enquête a été menée auprès de 3 347 salariés de sept établissements financiers qui ont opéré une fusion-réorganisation, ce qui a entrainé une instabilité de l’organisation du travail, une mutualisation du travail et la suppression d’emplois, une réorganisation interne des activités modifiant les situations de travail.
Il a été relevé dans cette étude, des niveaux de stress très disparates selon les métiers et les catégories socioprofessionnelles, notamment entre les fonctions de support (activités du siège) et les fonctions commerciales (activités des agences), mais également une grande disparité des niveaux de stress dans le support. En efet, le cumul des facteurs de risque mais aussi le type des facteurs cumulés amplifie le niveau de stress.
Dans le réseau, la charge de travail et la faible autonomie sont deux facteurs dont la contribution au stress est la plus élevée mais coexistent cinq autres facteurs de RPS que sont le faible soutien social, des processus et procédures contraignants, une incertitude professionnelle, des exigences psychologiques élevées, une répartition du travail contraignante.
Dans le support, le cumul des deux principaux facteurs de stress que sont la charge de travail et la répartition de l’activité génère un niveau de stress supérieur de 35% à un salarié qui cumule deux autres types de facteurs.
Finalement, la nouvelle organisation du travail est perçue comme une contrainte par une majorité de salariés, ce qui diminue leurs ressources organisationnelles, multipliant ainsi le risque de stress notamment dans la fonction support. Le risque de stress y est de ce fait multiplié par 3,3 et par 1,4 dans le réseau.
Il s’ensuit une modification des situations de travail du fait de la convergence de différentes évolutions internes qui s’influencent mutuellement. L’interdépendance des facteurs de RPS limite l’efficacité des stratégies de coping, ce qui amplifie le stress ou prolonge sa durée.
Les salariés auraient souhaité un accord sur la gestion prévisionnelle des emplois et des carrières : en, effet 66% des salariés sont incertains quant à leur devenir professionnel.
(publié le 12 avril 2012)