La grosse fatigue des agents pénitentiaires d’insertion

L-E. Popper Liaisons Sociales, Magazine, 2016, n°173, pp. 42-44
Les 3 250 conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) suivent actuellement 250 000 individus et ont en moyenne la charge de 82 dossiers (variable de 60 à 250). La mission de ces agents est de contrôler les détenus, d’assurer le suivi de ceux qui bénéficient d’un aménagement de peine et de les assister dans leur retour à la vie civile. Mais leur sont confiées d’autres tâches telles que celle de repérer les personnes radicalisées ou de participer à des unités dédiées à la déradicalisation.
Le manque d’effectif (il en faudrait le double pour être aux standards européens) fait que les stagiaires exécutent le travail des titulaires, les remplaçant si nécessaire, occasionnant chez ceux qui sont en place, une surcharge de travail.
Les CPIP estiment ne pas être reconnus à leur juste valeur, car ils pilotent des dossiers complexes, animent des groupes de parole à destination des délinquants sexuels ou des toxicomanes, participent à des groupes de travail divers et variés et sont amenés à faire des propositions à leur hiérarchie. Il leur incombe aussi de faire connaître leur opposition à la sortie des détenus dont le projet n’est pas suffisamment abouti et cela leur impose des pressions de la part des détenus ou de leur famille et ils ne se sentent pas toujours en sécurité.
Des psychologues vacataires ont été embauchés, une initiative saluée par la profession mais leur nombre est insuffisant, car d’ici à 2017, seulement 70 postes devraient être pourvus. Déçus, les CPIP se détournent peu à peu de la profession, aggravant encore le sort de ceux qui restent.
(publié le 17 octobre 2016)