La nouvelle tête de l’emploi

J-F. Dortier Sciences Humaines, 2009, n°210, p.31-35
La première tendance de l’évolution du travail est le transfert massif du travail des champs vers l’usine puis de l’usine vers le bureau. On est ainsi passé d’un travail physique à un travail plus cérébral et relationnel. Le secteur tertiaire (vaste fourre-tout englobant la santé, le secteur social, le transport, le tourisme, les services informatiques ) occupe 75 à 80% des emplois dans les pays développés. La pénibilité n’est plus physique mais psychologique. Les administrés sont devenus des usagers, considérés comme des clients et exigeants de surcroît. Il s’ensuit "une déstabilisation profonde des relations d’autorité entre les agents de l’Etat et les usagers, entre le professeur et l’élève, le patient et le médecin, le policier et le citoyen, les cadres et les employés". Les emplois à la personne constituent à eux seuls une vaste catégorie de métiers peu qualifiés, précaires, mal payés. Le problème est que tout le monde a fait des études et qu’il n’existe plus suffisamment d’emplois qualifiés pour absorber les nouveaux diplômés qui doivent occuper des postes subalternes, créant des distorsions entre les attentes des gens et les postes effectifs, source de forte frustration. S’y ajoute une fragilisation de l’emploi rendant le travail incertain (chômage de masse, recours à l’intérim..) et une déstabilisation du lien salarial qui arrimait un salarié à son entreprise. L’entrée dans la vie active se fait aussi plus tard (études, stages...). Parallèlement, l’union des couples est plus instable (séparations, divorces, périodes de solitude, recomposition familiale). Le parcours professionnel s’annonce chaotique et il faut s’attendre à ce que la vie au travail soit faite d’alternance entre périodes d’activité et d’inactivité (chômage, formation, congé parental...). Toute cette histoire s’inscrit dans un contexte où l’individu a de grandes aspirations pour sa propre vie alors que la réalité de l’emploi est décevante (manque de reconnaissance , intensification du travail, augmentation du stress....). Ces frustrations incitent à un changement de vie que certains pourront peut-être concrétiser.
(publié le 7 avril 2010)