La santé mentale en questions ?
Quelle prévention possible des risques dits psychosociaux ?

L. Samson Préventique-Sécurité, 2011, n° 116, pp.78-81

Depuis la fin des années quatre-vingts, on constate une augmentation des atteintes à la santé mentale et cela pour plusieurs raisons :

  • l’intensification généralisée du travail (faire en moins de temps et avec moins de moyens),
  • la concurrence accrue entre les entreprises et les pays,
  • l’augmentation du travail mental notamment dans les activités de services qui emploient les nouvelles technologies de l’information et de la communication, connues pour accroître la charge mentale,
  • la complexité des systèmes organisationnels, des procédures et des structures des entreprises.

Un bien-être total, une euphorie perpétuelle, un impératif de bonheur à tout prix, partout et tout le temps, est ce réaliste ?

Travailler, c’est aussi apprendre la frustration, et l’interactivité spécifique de travail humain passe par trois propriétés : "l’intentionnalité" (le monde qui entoure est source parfois de croyance, de peur, de désir, d’amour, de haine)," le contradictoriel" (seul l’échec est formateur mais n’est formateur aussi que ce qui résiste et qui ne cède pas à une simple répétition de l’acquis) avec pour résultante "la créativité, l’inventivité, l’ingéniosité".
Si le travail est fait de souffrances et d’atteintes à la santé physique et mentale, il est aussi et surtout source de bonheur, de plaisir, de construction d’identité, d’épanouissement et de réalisation personnelle.
Le facteur de risque le plus couramment retenu est l’organisation du travail. Sont particulièrement délétères : le manque d’autonomie, le manque de latitude décisionnelle, les stratégies de désengagement, la répression des émotions ou l’impossibilité à les verbaliser, les conflits éthiques dans le travail (être obligé de faire des choses que l’on désapprouve tels que ventes forcées, licenciements abusifs, etc).
Semble particulièrement protecteur le soutien social et le collectif (esprit d’équipe, solidarité, espaces informels d’échanges où la parole peut se libérer,
La prévention des risques psychosociaux doit intégrer ces questions de fond et doit s’attacher à une meilleure compréhension du fonctionnement humain dans ses composantes biologique, psychologique et sociale.

(publié le 21 juillet 2011)