"Le bore-out est un phénomène rampant, car il est malvenu de s’en plaindre"

Interview de C. Bourion Entreprise et Carrières, 2016, n°1272, pp.38-39
Christian Bourion est un économiste, spécialiste de la gestion du travail, auteur d’un ouvrage intitulé "Bore-out syndrom. Quand l’ennui au travail rend fou, publié en janvier 2016".
A la faveur de cet interview, il livre son ressenti sur ce sujet.
Le bore-out semble beaucoup plus dangereux et plus pervers que le burn-out car il est largement répandu (bien que généralement occulté) et présente un risque tant pour l’individu que pour la société.
Qui se plaindrait d’être payé à ne rien faire ? Le phénomène de travail sans activité est pourtant mal perçu par ceux qui meurent d’ennui au travail et qui se plaignent de découragement, de dépression, de démotivation....
A la faveur des mutations technologiques, certains emplois se sont vidés de leur contenu, mais du fait du statut protecteur de ces salariés occupant ces postes et du droit relatif aux licenciements, il est souvent moins coûteux de payer des gens inactifs que de les licencier.
Ce sont l’administration et les grandes entreprises qui hébergent le plus grand nombre de ces postes sans activité (occupation d’une dizaine de minutes à moins de deux heures par jour). Les bénéficiaires de ces postes se taisent généralement, passant leurs journées sur internet, lisant, s’inventant du travail ou "volant" celui des autres. Mais le plus grave est que n’ayant plus à faire preuve de sagacité pour accomplir leur tâche, ces personnes tendent à se désinvestir, à ne plus utiliser leurs capacités cognitives et leur savoir ; elles cessent d’apprendre et deviennent inaptes à progresser. Tout cela gère du parasitisme, grevant l’avenir de l’individu mais aussi celui de la société.
Mais serait-il bienvenu de faire bondir les taux de chômage vers des 30 à 40% si l’on supprimait tous ces postes inutiles ?
Que conseiller à ceux qui se terrent dans ces emplois ? De bouger et "pour rester en vie d’éviter les pièges de la perversion". Selon C. Bourion, favoriser la mobilité dans l’emploi en levant les rigidités du Code du Travail pourrait être déjà une première solution.
(publié le 28 mars 2016)