"Le harcèlement moral est favorisé par certains types de management "

M.F. Hirigoyen interviewée par P. Rabilloux Entreprise et Carrières, 2014 n°1182, pp.28-29

Le management actuel implique sous couvert de la performance, une pression forte, source de stress, mais le plus toxique pour les salariés, n’est pas ce stress quantitatif mais plutôt le stress qualitatif, celui qui contraint parfois le travailleur "à bâcler son travail pour répondre aux objectifs, privant le salarié de la satisfaction d’un travail bien fait". Dans ce tableau, le manager occupé à bon nombre de tâches laisse "un travailleur supposé autonome, tout simplement isolé, coupé des solidarités qui pourraient le soutenir".

Trois types de management favorisent le harcèlement moral :

  • le management autoritaire : un management vertical descendant copié sur le "grand chef" plutôt tyrannique dont le comportement va s’aggraver à la faveur de la peur qu’ont les salariés de perdre leur emploi ;
  • le laisser-aller qui conduit au harcèlement horizontal entre collègues où personne ne tenant les rênes, certaines personnalités vont prendre l’ascendant.
  • le management pervers qui consiste à pousser les gêneurs vers la sortie en leur fixant par exemple des objectifs impossibles à atteindre ; ce qui crée une ambiance malsaine propice au harcèlement horizontal, le salarié visé devenant la tête de turc sur lequel le service déverse son agressivité.

Depuis la loi contre le harcèlement moral, la vigilance est renforcée notamment dans les grandes entreprises. La souffrance au travail est reconnue et on parle maintenant de risques psychosociaux. La gestion du stress n’est plus seulement individuelle ; on tient compte dorénavant des méthodes d’organisation et de contrôle du travail ; mais il n’en reste pas moins que la crise économique rend les salariés plus vulnérables, acceptant des conditions de travail difficiles pour sauver leur emploi.
La tâche est complexe et la tendance dans les grandes entreprises est d’externaliser la prévention des risques psychosociaux. Pourtant, il ne faut pas négliger le facteur humain. Il faut savoir écouter et prendre en compte au mieux la situation personnelle des salariés : un défi à relever pour les responsables des ressources humaines.

(publié le 25 septembre 2014)