Le mal-être des surveillants de prison

C. Garré Le Quotidien du Médecin, 2011, n°8968, p.9
Selon une étude réalisée par l’INSERM, le taux de suicide des salariés de l’administration pénitentiaire (AP) est supérieur de 31% à celui de la population générale, et de 15,5% à celui de la Police nationale pour la période 2005-2010.
C’est ainsi que 32 surveillants de prison se sont suicidés pendant cette période.
Les suicides ne seraient pas directement liés aux conditions de travail : ils seraient en lien avec un problème de santé mentale traité médicalement, des difficultés dans la sphère affective et conjugale mais aussi dans la vie professionnelle car le métier de surveillant de prison est éprouvant : horaires décalés, heures supplémentaires, missions sécuritaires, violences physiques et verbales, diminution du lien humain en raison de l’informatisation, difficultés liées à l’alcool, au stress ou à l’environnement (bruit, odeurs, confinement, lumière artificielle).
Les effectifs sont insuffisants (1 surveillant pour 80 à 100 détenus) et les surveillants reçoivent peu de soutien psychologique (une permanence d’un psychologue une fois par semaine pour 250 salariés, dont 200 surveillants).
Les chercheurs insistent sur la nécessité de développer un dépistage de la souffrance psychologique, de renforcer le lien social professionnel, de valoriser le métier de surveillant de prison et de partager le secret professionnel avec les médecins, les psychologues et les services sociaux pour les détenus identifiés comme présentant un risque suicidaire, ce qui ne convainc pas les organisations syndicales.
Un plan d’embauche devrait permettre l’arrivée de psychologues et d’assistants sociaux supplémentaires.
(publié le 6 juin 2011)