Le poids imputable à l’exposition au stress au travail en termes économiques et de santé publique : enjeux et écueils méthodologiques

H. Sultan-Taïeb, I. Niedhammer Travail et Emploi, 2012, n°129, pp. 35-45. Bibliographie

Le lien entre les atteintes à la santé et l’exposition au stress a été établi pour différentes pathologies dans le cadre d’études épidémiologiques. Il en est ainsi des maladies cardio-vasculaires, du syndrome anxio-dépressif, de certaines localisations des troubles musculo-squelettiques.
Mais peu d’études évaluent les effets du stress au travail en termes de santé publique et en termes économiques.
Néanmoins, les expositions professionnelles dont les facteurs psychosociaux expliqueraient entre 24 et 58% des inégalités sociales de mortalité. "Il semble toutefois que les facteurs professionnels pourraient jouer de manière un peu différente selon le genre, la profession et la variable de santé étudiés".
Le chiffrage des cas de pathologies imputables au stress professionnel serait un moyen d’estimer le poids économique associé au facteur de risque en termes de dépenses de santé assumées par le système de protection sociale, les pertes de production liées à l’absentéisme sur le lieu de travail, et les coûts intangibles (souffrance, douleur, perte de qualtié de vie).

En France, cette problématique est au cœur des préoccupations (accord national interprofessionnel sur le stress au travail conclu en juillet 2008 par les partenaires sociaux, accord sur le harcèlement et la violence au travail, accords sur la prévention du stress au travail pour les entreprises de plus de 1 000 salariés, plan d’urgence pour la prévention du stress au travail, création d’un Collège d’experts sur le suivi statistique des risques psychosociaux etc.)
Tout cela traduit la volonté de mettre en œuvre des actions de prévention basées sur une connaissance précise des expositions psychosociales au travail en France. Cela conduira à identifier des groupes à risque et permettra de mesurer l’importance relative des différentes dimensions qui composent les risques psychosociaux au travail.
Les auteurs proposent la méthode des fractions attribuables ; cette méthode produit une estimation de la fraction des cas de pathologie qui sont "attribuables" à l’exposition d’une population et qui n’auraient pas été observés si l’exposition n’avait pas eu lieu. Mais ce calcul nécessite de disposer de données robustes et cohérentes de prévalence d’exposition et de risques relatifs, ce qui suppose des moyens dédiés à des études épidémiologiques et étiologiques, prospectives sur des échantillons de grande taille, avec des mesures précises des expositions. Les difficultés rencontrées risquent d’être importantes.

(publié le 22 novembre 2012)