Le workaholisme : addiction au travail ou travail sur l’addiction ?

R. Chakroun Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2012, vol.73, n° 6, pp.896-902. Bibliographie

Le workaholisme trouve sa place dans le cadre des addictions comportementales dites addictions sans produit par "l’existence d’impulsions irrépressibles, une sédation transitoire, un état de manque, des phénomènes compulsifs, une centration pathologique sur le travail et une tolérance qui correspond au besoin d’augmenter les doses".

Il suppose l’existence de cinq critères sur les neuf définis ci dessous :

  • "des préoccupations fréquentes au sujet du travail ;
  • une durée de travail supérieure à celle qui serait nécessaire par comparaison à des critères de référence communément admis ;
  • un temps important passé à préparer, réaliser et récupérer un travail ;
  • une immersion dans le travail en négligeant les obligations récurrentes de la sphère familiale ou sociale ;
  • des arbitrages au détriment des activités familiales ou sociales qui sont alors sacrifiées ;
  • un plaisir ou du moins un soulagement pendant le travail ;
  • une nécessité d’augmenter progressivement la durée du travail ;
  • une perte de contrôle sur la maîtrise du planning et sur la durée du travail ;
  • une tension et une agressivité si le sujet est empêché de travailler".

Le premier stade du workaholisme est difficile à diagnostiquer, confondu avec un engagement au travail et une recherche de l’excellence prônée par le management.
Dès le deuxième stade apparaissent des difficultés familiales, professionnelles et sociales.
Le troisième stade est celui de l’altération de la santé physique : troubles gastro-intestinaux et musculosquelettiques, troubles cardiovasculaires, signes neuropsychiques (irritabilité, troubles de l’attention, de la concentration, dégressivité thymique , troubles du sommeil). La dégradation des performances professionnelles est perceptible, le travail en équipe compromis et l’insuffisance professionnelle évoquée.

La prise en charge est généralement retardée du fait du déni qui peut perdurer longtemps. Il ne faut pas oublier que le sujet workhalique est un sujet qui souffre. Le médecin saisira un motif de consultation supposé étranger à son état pour introduire le doute chez le salarié quant à son adéquation comportementale au travail par rapport à ses besoins professionnels, familiaux et sociaux.
La prise en charge sera multidisciplinaire, impliquant médecin du travail, médecins de soins, psychiatres, assistantes sociales et psychologues. L’enjeu est de procéder à un bilan soigneux afin de repérer les poly-addictions concomitantes ou séquentielles (alcool, tabac, cannabis, cocaïne, ecstasy, amphétamines).
Outre la thérapie cognitivo-comportementale qui est la piste à privilégier, il faut doter le sujet de nouveaux dispositifs de développement de l’estime de soi (une fois en arrêt de travail, il est privé de son objet addictif).
"Le médecin du travail recherchera de principe les facteurs psychosociaux organisationnels liés au contenu des tâches, à l’organisation du travail, à l’environnement du travail, aux relations sociales, à la gestion des emplois et des compétences ainsi qu’à des éléments de contexte économique général".
Il profitera de cette opportunité pour préconiser à l’entreprise, une démarche collective de prévention des addictions à des substances psychoactives ou comportementales.

(publié le 18 février 2013)