Les risques psychosociaux, un défi pour les préventeurs

J. Bernon Face au Risque, 2009, n°450, p.14-16

L’évaluation des risques dans les entreprises est une obligation. En ce qui concerne les risques psychosociaux (RPS), la situation a été longtemps ignorée. Mais devant leur impact sur la santé des salariés, l’entreprise a été contrainte « d’élargir son regard en s’interrogeant sur le mode d’organisation susceptible de favoriser l’apparition de RPS ». Ces RPS naissent dans la relation tendue entre les objectifs et les exigences de l’entreprise et les ressources mises à disposition des salariés. Si la relation est déséquilibrée, le salarié va « se débrouiller » avec l’existant pour compenser les défaillances ou demander de nouveaux moyens. Si aucune régulation n’intervient, le salarié va puiser dans ses ressources et finir par « craquer ». L’enjeu de l’évaluation des risques consiste à apprécier l’équilibre entre ces exigences prescrites et les moyens disponibles tout en démêlant « l’écheveau des différentes facettes » composant ces situations de travail. L’objectif est de « mettre à jour les forces ou les faiblesses des régulations possibles dans le travail », de repérer comment les travailleurs y font face et comment l’organisation soutient les formes de la régulation. La prévention s’articule autour de trois axes qui doivent se conjuguer « pour créer une dynamique capable d’entraîner l’entreprise vers une prévention durable ». La prévention tertiaire consiste en un accompagnement individualisé des personnes en souffrance. La prévention secondaire a pour objectif de donner des outils aux salariés pour affronter les situations difficiles. Mais cette prévention exige une réaction en profondeur sur les besoins à mettre en adéquation avec la tâche à réaliser. Quant à la prévention primaire, elle permet d’agir le plus en amont possible. Il s’agit de concevoir une organisation du travail performante qui concilie les ressources et exigences tout en l’adaptant régulièrement aux nouvelles donnes et en laissant le temps aux personnes de reconstruire leur système de repères. « Les changements incessants non assimilés sont les plus gros pourvoyeurs de RPS ».

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(publié le 15 juin 2009)