Les surveillants pénitentiaires au bout du rouleau

E. Lay Liaisons Sociales Magazine, 2015, n°167, 30-32

1437 postes actuellement vacants et 777 départs à la retraite prévus d’ici à 2017 : telle est la situation à laquelle doit faire face l’administration pénitentiaire qui peine à recruter et à retenir ses gardiens.
La cause en est des conditions de travail particulièrement difficiles notamment en raison de la surpopulation carcérale et des sous-effectifs :

  • horaires de travail décalés et morcelés perturbant la santé mais aussi la vie familiale et sociale, heures supplémentaires à répétition, engendrant fatigue, source de conflit avec les détenus,
  • isolement et solitude (seul avec une cinquantaine de détenus, le gardien est en simple possession d’un sifflet et d’un talkie-walkie),
  • violence (26 734 surveillants au 1er janvier 2015, 137 869 jours d’arrêt de travail pour accident de service) et peur,
  • responsabilité et épuisement psychologique (15 suicides de surveillants en 2009, soit 31% de risque en plus par rapport à la population générale).

Comment réagit l’administration pénitentiaire ?

  • Ajout des risques psychosociaux (RPS) dans le document unique d’évaluation des risques
  • Formation sur la souffrance au travail et la prévention des RPS
  • Retours d’expériences et analyses des pratiques après agression
  • Mise en place d’un assistant prévention dans chaque prison mais qui hélas ne dispose pas d’autorité managériale
  • Lancement d’un plan de prévention avec notamment mise en place d’un dispositif de soutien individuel d’urgence avec des psychiatres joignables 24h/24.

Devant ce qui semble une impuissance de l’administration pénitentiaire, les gardiens qui ne peuvent bénéficier du droit de grève se voient contraints parfois de se retrancher vers des arrêts de travail concertés.

(publié le 8 février 2016)