Mécanismes psychologiques contribuant au "syndrome éolien"

L. Nicolle-Mir Environnement Risques et Santé, ERS, 2015, vol 14, n°1, pp.14-16

Le "syndrome éolien" ne consisterait-il pas en l’apparition de symptômes physiques attribués à une nouvelle technologie sans que l’on puisse en faire la preuve ?
Il est rapporté au bruit des turbines (bruit audible mais aussi infra-sons) et se définit par trois critères :

  • vivre à moins de 5 km d’une éolienne, avoir constaté une altération de son état de santé depuis son installation, constater une amélioration des symptômes en s’éloignant de plus de 5 km et les voir réapparaître en revenant ;
  • voir survenir ou s’aggraver au moins trois des symptômes suivants : altération de la qualité de vie, perturbations du sommeil, gêne augmentant le niveau de stress ou détresse morale ;
  • ressentir au moins trois des 18 symptômes possibles tels que sensations vertigineuses, irritation, fatigue,..... ;

après avoir exclu d’autres causes de stress présentes dans l’environnement domestique ainsi qu’un trouble de l’humeur.

L’effet nocebo ne participerait-il pas aussi à la pérennité de ce syndrome ?
L’effet nocebo, inverse de l’effet placebo, repose sur l’attente d’effets indésirables dès lors que la personne croit avoir été exposée au facteur déclenchant. Deux expérimentations chez des volontaires sains ont montré qu’attendre de l’exposition qu’elle produise des symptômes, concourt à leur survenue.
Si cet effet nocebo explique la survenue de symptômes aigus rapidement après une exposition, des symptômes plus chroniques, très banaux, digestifs, musculo-squelettiques ou d’allure neurologique pourraient être attribués à tort à une cause environnementale d’autant que la cause médicale n’a pas été identifiée et que l’absence d’explications est difficile à accepter.

En outre, le niveau d’inquiétude face à de nouvelles technologiques peut à lui seul provoquer des manifestations physiques et accroître l’attention que le sujet lui porte.

Enfin, ajoutons l’influence des facteurs sociaux qui participent à la perception du risque incluant la couverture médiatique et l’interaction avec des groupes d’activistes.

Un commentaire de Yves Levi rappelle "à quel point les chercheurs travaillent activement sur les effets négatifs liés à une technologie mais très peu sur les effets positifs"........ "Sans pour autant nier la douleur ressentie par les sujets", il faut bien intégrer "à quel point le dialogue, la confiance et la coopération sont indispensables entre les citoyens et les évaluateurs de risques afin de résoudre les troubles liés à l’introduction de nouvelles technologies dans la vie des citoyens".

(publié le 7 mai 2015)