Mesurer le stress professionnel

E. Albert, L. Bellinghausen, J. Collange, M-C. Soula Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2010, vol.71, n°2, pp. 130-140. Bibliographie
Comment mesurer le stress professionnel ? La prise en charge globale du stress professionnel ne sera assurée que si elle s’inscrit dans un modèle scientifique. Les auteurs ont choisi "le modèle intégratif et multidimensionnel de psychologie de la santé proposé par Bruchon-Schweitzer et al". Ce modèle présente une lecture du stress en trois parties ou catégories de variables que sont les antécédents (variables qui permettent de prédire l’état de santé physique et psychique d’un individu), les transactions (entre l’individu et son environnement) et les conséquences (qualité de vie, mal être ...).
Les critères d’une mesure scientifique sont la sensibilité, la fidélité, la validité. Il est donc essentiel d’avoir recours à des questionnaires présentant des qualités psychométriques satisfaisantes et ayant fait l’objet d’études permettant d’asseoir leur validité.
La méthode de recueil de données privilégiée est le déroulement de l’observatoire dans le cadre de la médecine du travail. En effet, idéalement, l’observatoire prend place en collaboration avec cette dernière afin de donner au médecin les moyens d’apprécier à la fois l’état de santé psychique et physique des individus. Cet observatoire s’appuie sur un questionnaire rempli sur la base du volontariat avant l’entretien avec le médecin du travail. Cet observatoire contribue au dépistage du risque psychique et à une orientation en cas de besoin, mais permet aussi, au niveau collectif, d’identifier les populations de l’entreprise les plus à risque au niveau du stress.
La mesure du stress proprement dite repose sur l’échelle de stress perçu de Cohen et sur l’échelle d’anxiété et de dépression HQDS de Lepine et al.
Il n’a pas été sélectionné de questionnaire visant à explorer les facteurs de stress pour des raisons pratiques de temps de passation mais également parce que les facteurs de stress généraux ne sont pas pas les meilleurs prédicteurs des états de santé mais les tracas quotidiens, ce que ne mesurent pas les échelles (pour la plupart).
Il ne suffit pas de mesurer le stress, il faut encore que l’entreprise se centre prioritairement sur ses marges de manœuvre internes telles que les conditions de travail, l’ergonomie, l’organisation du travail et le management. Il convient de s’intéresser à la place du manager qui est le principal facteur de stress mais qui en est aussi le principal régulateur. Une étude portant sur 131 personnes montre un lien positif entre la qualité de vie professionnelle des salariés et le soutien social apporté par les supérieurs, les collègues et collaborateurs. De manière très générale, plus la satisfaction du soutien apporté par le supérieur est élevée, moins les indices de détresse psychologique sont élevés. Les personnes à soutien élevé montrent des niveaux de stress d’anxiété et de dépression faibles. Les managers qui sont à la fois perçus comme disponibles et satisfaisants dans leur soutien montrent des niveaux de qualité professionnelle au sein de leurs équipes plus élevés. C’est donc bien la qualité de la relation managériale qui permet de réguler le stress et les symptômes associés.
(publié le 10 septembre 2010)