Métro, boulot, chaos... Des médecins du travail témoignent

C. Clerc Le Généraliste, 2009,n°2502, p.10-14

La vague de suicides survenue depuis février 2008 a ébranlé l’opinion publique, et le ministre du travail vient de donner quatre mois aux 2 500 entreprises de plus de 1000 salariés pour engager des négociations sur le stress au travail. Finalement, cette vague de suicide ne surprend guère médecins et psychiatres. Les managers ne remplissent plus leur rôle de soutien auprès des salariés : ils sont de plus en plus sous pression avec des objectifs de plus en plus difficiles à atteindre face à des salariés de plus en plus en difficulté avec des attentes en hausse. Tous les indicateurs de stress sont dans le rouge : intensification des rythmes de travail , restructurations, "mise en concurrence des salariés au travers de processus managériaux individualisants", perte du sens du travail, objectifs de résultats sans marge de manœuvre, manque de reconnaissance du travail, travail prescrit en inadéquation avec les règles du métier ou ses propres valeurs. Les médecins du travail notent que 7 fois sur 10, la consultation est motivée par la souffrance au travail. Or, les médecins manquent de disponibilité pour traiter ces problèmes, sont insuffisamment formés aux risques psychosociaux et disposent de peu d’outils. Ils ont néanmoins un rôle d’alerte vis-à-vis des dirigeants et des diverses instances de l’entreprise. Or, il est admis partout par tous les spécialistes que la latitude décisionnelle et l’autonomie jouent un rôle majeur dans la prévention des effets du stress. Il faut aider les personnes en souffrance à "reconquérir leur pouvoir d’agir". Il faut aussi "réhabiliter le travail ensemble". Les salariés pourraient aussi distinguer chez leurs collègues les signes avant coureurs d’un syndrome dépressif mais le problème est que la crise suicidaire mûrit souvent lentement . La solution est aussi dans le camp des dirigeants : instaurer une prévention primaire et réfléchir à l’organisation du travail, c’est à dire donner la parole aux salariés, analyser et proposer des solutions. Certaines entreprises ont mis en place une "journée partage et progrès" pour rétablir le dialogue entre les salariés et la hiérarchie.

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(publié le 14 décembre 2009)