Perspectives sur le stress : leurs apports, limites et utilisations

J-L. Tavani, J. Collange, M-C. Soula Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2013, vol.74, n°5, pp. 520-530. Bibliographie

Cet article rapporte différentes perspectives sur le stress qui renvoient à des interprétations différentes, mais potentiellement complémentaires d’une situation donnée et constituent ainsi des guides pour l’action de prévention.
Tout le monde parle de stress. C’est tout à la fois un concept scientifique mais aussi une notion publique utilisée dans les conversations quotidiennes et les médias.

Selyé, un des pionniers de l’étude du stress le conçoit comme le dénominateur commun à toutes les réactions adaptatives de l’organisme face à un stimulus aversif ou plus généralement aux demandes provenant de l’environnement, réactions qui viseraient le retour à l’équilibre. Il s’agirait d’un syndrome général d’adaptation. Ce serait donc une réaction purement biologique.

Selon les approches environnementales, le stress serait à chercher à l’extérieur de l’individu dans son environnement. Des listes d’événements de vie ou de professions ont été réalisées, mais elles ont montré rapidement leurs limites. Des études se sont alors centrées sur les facteurs de stress inhérents au travail et la France propose un référentiel qui comprend une liste de six facteurs : les exigences du travail, les exigences émotionnelles, l’autonomie et marge de manœuvre, les rapports sociaux et relations de travail, le conflit de valeur, l’insécurité de l’emploi. Mais la simple présence d’un des facteurs n’est pas une condition nécessaire ou suffisante pour qu’un état de stress apparaisse chez les individus. Ces approches ne prennent en compte ni l’interaction entre les facteurs de stress, ni la subjectivité de l’individu.

Les approches interactionnistes mettent en avant les effets combinés des caractéristiques de la situation de travail.
Deux modèles sont particulièrement utilisés :

  • le modèle "Demande-Contrôle" de Karasek et Theorelle : ce modèle inclut la demande psychologique qui renvoie à la difficulté du travail pour les individus (charge mentale et efforts nécessaires pour réaliser la tâche) et la latitude décisionnelle qui renvoie davantage au contrôle que l’individu peut exercer sur son travail, ce qui permet ensuite de définir différents types de situations de travail selon les croisements des deux modalités. Un questionnaire a été développé pour valider empiriquement ce modèle.
  • le modèle Exigences du travail-Ressources : les exigences ou demandes sont toutes les caractéristiques du travail qui demandent un effort (physique et/ou psychologique) et qui ont donc un coût pour l’individu ; elles entraînent une charge psychologique constante qui se traduit par des réactions de stress et sur le long terme par de l’épuisement. Les ressources permettent de réduire les coûts physiques/psychologiques associés. L’absence ou la carence en ressources freine l’individu non seulement dans la réalisation des tâches qui lui sont confiées mais également dans son développement personnel. La combinaison des deux facteurs entraîne quatre configurations possibles.
    Mais ce modèle ne permet pas d’expliquer la manière dont les travailleurs s’adaptent aux situations de travail ; l’individu est encore vu comme passif : il subit la situation de travail sans agir sur celle-ci.

Dans la perspective transactionnelle, c’est la subjectivité qui est centrale ; le stress serait le résultat d’une transaction entre l’individu et son environnement, la transaction se définissant comme une relation dynamique, d’influence naturelle entre l’individu et l’environnement. L’évaluation ainsi réalisée dépendrait de l’interprétation que fait l’individu de ces faits de vie. Le stress est alors une perception. Il est caractérisé par le processus d’évaluation cognitive et le processus de faire face ou coping.

Ces approches sont en réalité complémentaires.
Trois catégories d’éléments seront à prendre en compte dans l’étude et la compréhension de la problématique du stress :

  • l’individu et son contexte qui vont influencer l’évaluation de la situation et le comportement de l’individu.
  • Au travers de ces transactions, la situation de travail va affecter la santé des salariés (du point de vue neurologique, endocrinien, immunitaire...).
  • Enfin différentes variables de santé physique et psychique seront affectées par les antécédents via les transactions.
    Ce modèle qui intègre les différentes perspectives présente plusieurs avantages et permet d’avoir un point de vue holistique sur la situation et de donner au stress un double statut : celui de risque et de facteur de risque pour la santé.
(publié le 10 décembre 2013)