Phénomène de rupture professionnelle chez des salariés en consultation en service de maladie professionnelle. Analyse factorielle et classification

E. Fort, P. Lobies, A. Bergeret Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°5, pp.426-438. Bibliographie.
La rupture professionnelle découle d’une souffrance au travail caractérisée par de multiples facteurs : stress, surmenage, mal-être, burn out.
Le nombre de consultations pour "troubles mentaux et du comportement" augmente depuis 2003.
Le travail mené auprès de 100 patients adressés par leur médecin du travail à la consultation "Souffrance au travail" dans le service des maladies professionnelles d’un centre hospitalier sur la période 2005-2007 a pour objectif l’étude des phénomènes de rupture professionnelle associés aux contraintes psycho-organisationnelles.
Les données utilisées sont issues des observations établies à l’issue de chaque consultation par le médecin spécialiste des risques psychosociaux.
Une "grille de lecture" a été établie, afin de constituer une base de données.
La contrainte psycho-organisationnelle la plus fréquemment citée par les salariés est le conflit avec la direction avec souvent un déficit managérial au cœur du problème. Les salariés se plaignent d’un manque de reconnaissance, d’un manque de soutien et d’une communication insuffisante.
Des différences de ressenti existent entre les hommes et les femmes ; les hommes étant plus concernés par le conflit de valeur, le manque de reconnaissance, le sentiment d’injustice et le manque de soutien de la direction ou du collectif. Les femmes se plaignent plus souvent de la surcharge de travail, des problèmes liés à l’organisation du travail et du rapport avec le supérieur hiérarchique.
L’analyse typologique de la population fait ressortir quatre groupes principaux d’individus pour lesquels la rupture professionnelle est liée à des combinaisons et des contraintes psycho-organisationnelles différentes.
Pour le premier groupe, le salarié est engagé dans un conflit où prédomine la dimension collective.
Le second groupe est contraint par une surcharge de travail ou une pression psychologique très élevée.
Le troisième vit une proximité "affective " avec l’employeur, qui entraîne une intrusion de certaines dimensions professionnelles dans la vie privée de l’individu.
Le quatrième groupe est bloqué dans un conflit où prédomine la dimension interpersonnelle. Le rapport avec la hiérarchie est conflictuel et peut évoluer sur le mode de la discrimination ou du harcèlement.
Cette étude descriptive montre bien à quel point les phénomènes de rupture professionnelle sont complexes et multidimensionnels.
(publié le 30 janvier 2012)