Pourquoi se suicide-t-on au travail ?
Le modèle THO à l’épreuve

M. Bloch Préventioque - Sécurité, 2011, n°118, pp.77-81
Marianne BlLOCH, juriste et psychanalyste, propose d’analyser selon le système THO les manifestations dites psychosociales, afin d’en démêler les causes et d’arbitrer entre sphère personnelle et professionnelle.
Ce système (technologique, humain, organisationnel) offre une grille de lecture évitant deux écueils : celui qui consiste à se focaliser sur l’individu et celui qui consiste à condamner l’entreprise en tant que système potentiellement nocif.
Ce modèle repose sur le constat que tout système socio-technique peut être considéré comme un ensemble d’éléments en interaction dynamique, organisé en fonction d’un but et que ce système se décompose donc en trois sous-ensembles : technologique, humain et organisationnel.
Un système quel qu’il soit peut présenter un certain nombre de défaillances latentes dont les effets peuvent mener à des actions dangereuses et affaiblir les mécanismes de défense du système. L’auteur les assimile aux agents pathogènes qui peuvent attaquer le corps humain. Dans les entreprises, trois formes d’agents pathogènes peuvent être isolées : des émergences ( c’est-à-dire les propriétés qui présentent un caractère de nouveauté), la dualité qui résulte de choix entre des impératifs complémentaires, mais parfois antagonistes quand cela concerne la qualité, le coût et la sécurité. Enfin il existe les interfaces qui sont les différentes catégories d’interactions existant au sein d’un sous système et entre sous systèmes.
Tout cela permet d’analyser l’ensemble des éléments qui ont pu concourir au suicide. L’important est d’accueillir le ressenti du sujet afin de mieux comprendre son mal-être. Il faut inciter le patient à poser une explication rationnelle, c’est-à-dire à prendre du recul vis-à-vis d’une situation afin de désamorcer le processus suicidaire. Il est hélas parfois plus facile de ne rien dire et il est vrai qu’à l’heure de la communication en temps réel, le dialogue devient rare. Enfin après un suicide en entreprise, il faut réagir et non seulement accepter de se remettre en cause et ouvrir une réflexion sur la politique et les différents acteurs mais aussi faire en sorte que chaque manager occupe et tienne son rôle.
(publié le 8 février 2012)