Psychopathologie et psychodynamique du travail

C. Demaegdt, D. Rolo, C. Dejours Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2013, vol.8, n°3, 16-793-E-15, 11 p. Bibliographie
Cet article expose dans un premier temps, le contexte historique de naissance de la psychopathologie du travail dont les conclusions sont que ’" le travail ne produit pas de formes de pathologies spécifiques, que la maladie est individuelle et non collective et qu’il n’y a pas de névrose, ni de psychose du travail". Dans les années 1970, c’est Christophe Dejours qui est à l’origine d’un renversement épistémologique fondamental en introduisant le couple conceptuel souffrance et plaisir et en s’intéressant non plus à la maladie mais à la normalité. La normalité devient alors un compromis entre la souffrance et les défenses, la maladie apparaissant lorsque la souffrance ne peut plus être contenue.
Les ergonomes mettent le doigt sur l’existence d’un écart entre le travail réel et le travail prescrit, ce qui fait référence à l’intelligence pratique des travailleurs et à l’autonomie. La souffrance qui peut en découler n’est pas strictement pathogène mais peut se transformer en plaisir et être à l’origine d’une expérience structurante.
La mobilisation de cette intelligence tout comme la souffrance qui l’initie ne se voient pas. Il faut donc avoir recours à l’écoute ; mais les sujets ne subissent pas passivement la souffrance. Ils développent des stratégies de défense, individuelles ou collectives. Mais si les conditions sont favorables, le travail peut ouvrir une voie à l’accomplissement personnel mais cela ne se fera pas sans la reconnaissance et la coopération.
La décompensation peut survenir et se manifester par des "pathologies de surcharge" (hyperactivisme professionnel, burn-out) des "pathologies de la pensée et de la violence" (pathologies cognitives, épisodes psychotiques aigus, troubles de la mémoire, désorientation temporo-spatiale... mais aussi conduites violentes ou délictueuses, commises lors d’épisodes d’altération de la conscience, pathologies post-traumatiques consécutives aux agressions subies lors de l’activité professionnelle), "des pathologies de la solitude" (harcèlement, suicide au travail).
Les travaux actuels en psychodynamique du travail conduisent à mettre en rapport l’évolution des entités psychopathologiques avec les formes d’organisation du travail, à savoir l’évaluation individualisée et objective des performances, l’obligation de qualité totale ou de zéro défaut, les procédures de certification et de labellisation, le travail en contradiction avec les règles de l’art, etc..
Il faut donc prévenir ces risques psychosociaux, mais cela présuppose que le travail puisse être maîtrisé. Il faut "constamment rapporter la souffrance et les défenses aux difficultés spécifiquement occasionnées à ceux et celles qui travaillent par le réel du travail".
Il existe un certain nombre de dispositifs de prévention et de prise en charge de la souffrance au travail : les consultations "Souffrance et travail", l’aide des CHSCT, des services de santé au travail. Les approches comportent la gestion du stress, la victimologie (qui se situe au niveau de l’analyse symptomatique sans remonter aux causes de la pathologie), la psychodynamique du travail qui peut se déployer dans le registre du soin ou dans celui de l’action.
Se côtoient en effet des approches contrastées et "alors que les approches basées sur les théories du stress mettent l’accent sur les variations comportementales et biologiques au niveau individuel, la psychodynamique focalise son investigation sur le rapport subjectif au travail". Praticiens et chercheurs se trouvent alors confrontés à des pratiques divergentes. Le choix n’est pas anodin. Pour orienter l’exercice de leur métier, les intervenants "doivent non plus seulement se doter d’une théorie du sujet et d’une théorie du travail, mais aussi d’une théorie de l’action".
(publié le 31 octobre 2013)