Regards croisés sur le burn-out : aspects médicaux et psychologiques

J. Collange, J-L. Tavani, M-C. Soula Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2013, vol. 74, n°1, pp. 35-43. Bibliographie.

Le burn out est défini à la fois comme un état et comme un processus. Il se caractérise comme "un syndrome d’épuisement émotionnel, de dépersonnalisation et de réduction de l’accomplissement personnel " consécutif à une exposition prolongée à un environnement exigeant et à un état de stress chronicisé.

Le premier stade qui est celui de l’épuisement émotionnel correspond à une fatigue chronique qui ne disparaît pas après un repos classique ; le sujet est fatigué à l’idée même du travail et se sentira surmené par toutes les demandes professionnelles qui pourront lui être faites.
Le second stade est celui du cynisme. L’attitude est négative, détachée, dure. L’individu se désengage de la vie sociale de l’entreprise. Il dresse une barrière entre lui et les autres (déshumanisation de la relation).
Le troisième stade est celui de l’efficacité réduite. L’individu déprécie ses compétences. La situation est perçue comme immuable malgré les efforts pouvant être déployés pour la modifier.

La symptomatologie est extrêmement complexe, reposant sur un large ensemble de manifestations, dont beaucoup ne sont pas spécifiques :

  • physiques : fatigue dès le lever et épuisement physique, troubles du sommeil, palpitations, gorge sèche, transpiration, hyperventilation, maux de tête, nausées, vertiges, douleurs du cou et du dos, baisse des défenses immunitaires avec son corollaire de complications infectieuses, désordres intestinaux, ulcères, maladies cardiovasculaires, pathologies coronariennes ;
  • cognitives : diminution de la concentration, difficulté à réaliser plusieurs tâches connexes ou complexes, raisonnement rigide fondé sur des stéréotypes, erreurs, fautes, oublis, difficultés dans la prise de décision ;
  • interpersonnelles et comportementales : repli sur soi, abandon des activités sociales ou de loisirs, (car le sujet est trop épuisé par un surinvestissement dans le travail), réduction des capacités d’empathie, ressentiment ou hostilité envers les autres, voire paranoïa, comportements impulsifs, comportements d’addiction ou comportements à risque.
  • "attitudinales et motivationnelles" : moindre engagement dans le travail, baisse de motivation, baisse de moral, découragement, déception, manque d’initiative, sentiment d’échec et d’insuffisance, doute sur ses propres compétences, affaiblissement de l’estime de soi, baisse des performances, pensées suicidaires.

La question d’assimiler le burn out comme une nouvelle forme de trouble anxieux ou dépressif est posée. Un consensus vers un trouble de l’adaptation semble plutôt se dégager. Ce serait une réaction pathologique à un événement déclencheur.

Ce burn out serait la conséquence d’un environnement de travail trop exigeant, face à de trop faibles ressources alors que le salarié se donne l’objectif de maintenir ses performances en redoublant d’effort au lieu de se protéger lui-même.

Traitement
Un burn out avéré requiert :

  • un arrêt de travail de 2 à 3 mois (afin d ’éviter les éléments stressants et de récupérer par la relaxation et le sport)
  • des antidépresseurs à dose modérée pendant 6 mois (en association avec une psychothérapie)
  • des thérapies cognitives et comportementales (abandonner les idées de perfection)
  • un retour à l’emploi avec accompagnement.

La prévention :

  • agir sur la situation de travail
    • en réduisant les exigences (réguler le temps de travail, instaurer un environnement de travail plus humain)
    • en apportant les ressources nécessaires (formations) ou organisationnelles (soutien social)
  • sensibiliser les managers à l’identification des signaux d’alerte

Le burn out est le résultat d’une mauvaise adéquation individu-environnement sans que la cause ne soit attribuable à l’individu. Ce n’est pas l’expression d’une vulnérabilité ou d’un trait de personnalité pathogène.

(publié le 17 juillet 2013)