Risques professionnels psychosociaux

M-C. Marié-Soula La Revue du Praticien, 2014, vol.64, n°3, pp.336-341. Références

Depuis une loi de janvier 2002, les risques psychosociaux doivent être évalués et ensuite figurer sur le document unique d’évaluation des risques.
Rappelons la définition retenue par le ministère du travail en avril 2011, qui est la suivante : "les risques psychosociaux sont les risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental".
Trois types de risques psychosociaux sont susceptibles d’influer sur la santé globale des individus : le stress au travail (qui survient lorsque l’individu ressent un déséquilibre entre sa perception des contraintes imposées par son environnement et les ressources dont il dispose pour y faire face), les violences et incivilités (altercations verbales, manque de respect, volonté de nuire, de détruire ou agression physique), le harcèlement (moral ou sexuel).

Un rapport ministériel validé en 2011 a identifié six axes de facteurs de risques psychosociaux :

  • les exigences du travail en termes quantitatifs et qualitatifs, impliquant un éventuel déséquilibre entre vie professionnelle et personnelle,
  • les exigences émotionnelles (exigences liées au maintien de bonnes relations sociales et émotionnelles au travail),
  • l’autonomie et la perception des marges de manœuvre au travail,
  • les rapports sociaux en mode horizontal (avec les autres collègues) ou en mode vertical (avec le management),
  • les conflits de valeurs empêchant un travail de qualité,
  • l’insécurité de l’emploi sur les perspectives futures.

Les derniers résultats de l’enquête SUMER publiés par la Direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques (DARES) font état d’une augmentation des contraintes organisationnelles dans tous les secteurs et toutes les branches.
En 2012, sur 71 604 maladies professionnelles (MP) reconnues dans et hors tableau de maladies professionnelles, 90 étaient liées aux RPS et sur 943 011 accidents du travail (AT), 10% pourraient être en lien avec les RPS dont 20 à 30 suicides reconnus en AT.

Une action est possible selon trois niveaux :

  • repérer les signes d’alerte, notamment le mal-être exprimé par des signaux physiologiques (difficulté de sommeil, oppressions thoraciques, accès de tachycardie, brûlures gastriques, etc...), des signaux cognitifs (difficultés pour recevoir et traiter des informations), des signaux comportementaux ;
  • repérer les tableaux cliniques souvent progressifs ne comportant pas de pathologies spécifiques ;
  • prendre en charge médicalement en lien avec les différents acteurs médicaux et paramédicaux, voire déclarer en accident du travail en actant la date présumée des faits et la pathologie ou lésion physique ou psychique observée sans que le médecin déclarant ait à établir le lien de causalité.
    La déclaration par le patient en MP est complexe car relevant du régime hors tableaux des maladies professionnelles.

Le burn out ou syndrome d’épuisement professionnel a pour causes la surcharge avec augmentation excessive du temps de travail, le manque de latitude décisionnelle et de collectif de travail, le sentiment d’iniquité dans le travail et de qualité empêchée. Il évolue en trois phases : un épuisement émotionnel suivi d’une dépersonnalisation ou cynisme puis d’une réduction de l’accomplissement personnel, phase au cours de laquelle peut survenir une crise suicidaire.
Le traitement suppose un arrêt de travail de 2 à 3 mois avec une prise en charge en psychothérapie de type thérapie comportementale et cognitive associée à un antidépresseur. Le retour à l’emploi sera progressif avec accompagnement du sujet fragilisé, voire de l’équipe de travail et du manager.
La prévention en entreprise suppose la mobilisation des salariés, des élus du personnel et de leurs dirigeants.

(publié le 25 septembre 2014)