Risques psychociaux et souffrance au travail

D. Chouanière Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Pathologie professionnelle et de l’environnement, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, 2015, vol.10, n°2, 16-793-F-10, 12 p. Bibliographie.

En France, l’exposition aux risques psychosociaux (RPS) s’est accrue au début des années 1990 et a progressé jusqu’au début des années 2000, et après une relative stabilité, s’est de nouveau accélérée du fait de la situation économique. La prise de conscience de l’existence des RPS s’est installée au début des années 2000 et s’est renforcée courant 2007 à l’occasion de la médiatisation de suicides sur le lieu de travail.
Une enquête d’opinion européenne de l’EU-OSHA (Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail) en 2013 concluait que le stress occasionné par le travail était perçu comme un phénomène courant sur le lieu de travail par plus de 50% de l’ensemble des travailleurs européens (49% des travailleurs français).
A l’origine du stress chronique au travail, on trouve les facteurs organisationnels (conditions de travail factuelles, repérables et objectivables) et les contraintes dénommées facteurs psychosociaux qui correspondent à la perception subjective des conditions de travail.
Les experts décrivent six grandes familles de RPS : intensité du travail et temps de travail, exigences émotionnelles, autonomie, rapports sociaux au travail, conflits de valeur et insécurité de la situation de travail.
Certaines caractéristiques aggravent leur impact sur la santé comme leur répétitivité et/ou leur durée tandis que la perception des contraintes de travail est différente selon qu’elles soient subies ou choisies.
Il existe des modèles explorant les contraintes de travail :

  • le modèle de Karasek qui étudie le déséquilibre entre l’intensité de l’activité (demande psychologique), l’autonomie d’organisation (latitude décisionnelle) et le soutien social au travail ;
  • le modèle de Siegrist qui évalue le rapport efforts/récompense et le surinvestissement au travail.

L’exposition à ces RPS génère du stress, aigu dans un premier temps (réponse à un environnement menaçant mais permettant une réponse appropriée et salvatrice), mais qui peut devenir chronique et engendrer des conséquences sur la santé notamment une défaillance du mécanisme d’autorégulation des glucocorticoïdes et/ou une perturbation des récepteurs cérébraux de ces glucocorticoïdes engendrant des symptômes physiques, émotionnels, ou cognitifs et des comportements nocifs (recours à des produits calmants ou excitants, fuite face à un environnement délétère : inhibition, repli sur soi, diminution des activité sociales, etc..)

Les pathologies les plus courantes sont les maladies cardiovasculaires (MCV) et les comportements à risque de MCV notamment le surpoids, la surconsommation d’alcool, le tabagisme.., les troubles musculosquelettiques (TMS), des problèmes de santé mentale (souffrance ou mal-être, troubles du sommeil, troubles dépressifs et anxiodépressifs, etc.). Il existe d"autres atteintes à la santé : suicide, stress post-traumatique, des accidents de travail et de trajet et certaines dont les liens doivent être confirmés : troubles hormonaux, troubles de la fertilité et pathologies de la grossesse, atteintes immunitaires.
Le burn-out ou syndrome d’épuisement physique et émotionnel est une conséquence du stress chronique professionnel et le facteur de risque prédominant serait le fait d’être confronté dans son métier à "l’attente" du public.

La prévention des RPS est réglementaire.
Elle repose sur des démarches variables selon :

  • la précocité de l’intervention par rapport à l’apparition du stress,
  • la finalité de l’intervention : approche individuelle versus organisationnelle ;
  • le modèle sous-jacent de l’intervention : approche de type projet, intervention ergonomique, etc ;
  • la cible : centrée sur les risques psychosociaux ou incluse dans des démarches plus globales de promotion de la santé, bien-être ou qualité de vie au travail.

Ces quatre types de prévention ne sont pas incompatibles et dans de nombreuses situations de travail, elles sont associées de façon séquentielle ou concomitante. Mais la prévention à la source, qui vise à améliorer le fonctionnement organisationnel et collectif d’une organisation semble la plus efficace dans la durée. Les démarches globales "bien-être" ou qualité de vie au travail intègrent souvent la prévention des RPS.

(publié le 10 septembre 2015)