Stress professionnel et infarctus du myocarde

S M. Consoli La Presse Médicale, 2015, vol.44, N°7-8, pp. 745-751. Bibliographie

Les effets du stress sur la santé sont à la fois directs (activation de l’axe corticotrope, modification de la balance vago-sympathique, de l’immunomodulation, de la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires, etc.) et indirects (comportements à risque : alcool, tabac, drogues, sédentarité, alimentation inadaptée qui activent les circuits de récompense et soulagent l’état de tension psychique ou de frustrations suscitée par la situation de stress).
Deux grands modèles définissent le stress professionnel :

  • le modèle de Karasek (fortes contraintes psychologiques associées à une faible marge décisionnelle, voire à un faible soutien social)
  • et celui de Siegrist (déséquilibre efforts/récompenses) y compris les efforts intrinsèques qui correspondent à la pression interne que s’imposent certains individus (sans que cela ne corresponde à des exigences de la hiérarchie mais qui sont en lien avec leur personnalité ou leur histoire personnelle).

Les différentes études transversales, longitudinales plaident en faveur d’une combinaison des modèles pour mieux rendre compte du risque coronarien. Mais les modèles sont plus pertinents chez les hommes ou chez les sujets d’âge plus jeune.
Chez les femmes, les conflits de rôle (professionnels, domestiques), l’existence d’efforts "intrinsèques" (surinvestissement professionnel) et l’association à un stress marital apportent une information plus spécifique". En effet, chez les femmes, le rôle des facteurs de risque cardiovasculaire autres que les risques psychosociaux est prépondérant.

" Il existe dans la littérature internationale, un très large consensus sur la valeur prédictive de l’humeur dépressive, en tant que risque cardiovasculaire".
Trois catégories de variable concourent à l’augmentation de l’humeur dépressive : les conditions propres du travail, les éléments de pénibilité du poste et les facteurs de personnalité (faible estime de soi ou propension élevée à l’hostilité).

La valeur prédictive du burnout a été testée et une étude prospective a trouvé des OR d’événements coronariens, ajustés sur les variables socio-démographiques et les facteurs de risque cardiovasculaire confondants de 1,41 [1,08-1,85].

Il faut également considérer la personnalité de l’individu et dans les années 80, il avait été montré que les coronariens de type A (associant sentiment d’urgence du temps, compétitivité importante, polarisation sur le travail au détriment d’un épanouissement social, amical, familial ou affectif) pris en charge grâce à une approche de type cognitivo-comportementale présentaient moins de nouveaux événements coronariens.
Des techniques inspirées de la méditation transcendantale se sont largement développées ces dernières années avec des résultats au moins aussi intéressants. Ces techniques se basent sur l’adoption d’une position d’observateur, neutre, non sélective et non jugeante à l’égard de toute pensée, sensation physique ou émotion traversant le champ de la conscience.
Même si ces techniques ne doivent qu’être complémentaires par rapport aux exigences à modifier les conditions de travail, elles doivent être conseillées car elles sont protectrices sur le plan cardiovasculaire en évitant tout simplement que le stress ne concoure à des comportements compensateurs telles que mauvaises habitudes alimentaires ou conduites addictives.

(publié le 24 septembre 2015)