Suicide et activité professionnelle en France

C. Cohidon, G. Santin, B. Geoffroy-Perez, E. Imbernon Revue d’Epidémiologie et de santé Publique, 2010, n°2, pp.139-150. Bibliographie.
Ce travail aborde les liens entre le suicide et l’activité professionnelle en population française à travers la description de deux indicateurs : la mortalité par suicide avant 65 ans et les tentatives de suicide (TS) au cours de la vie chez les actifs.
Les données sont issues de deux études nationales distinctes, le programme COSMOP (Cohorte pour la surveillance et la mortalité par profession) développé par l’Institut de veille sanitaire et le Baromètre Santé 2005 de l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé).
La population de l’étude comprend 6 664 hommes et 7 389 femmes, actifs occupés de 18 ans et plus au moment de l’enquête, et résidant en France.
Les femmes déclarent deux fois plus souvent que les hommes avoir tenté de se suicider au cours de leur vie ; et les hommes à temps partiel beaucoup plus fréquemment que les hommes à temps plein.
La mortalité par suicide est majoritairement masculine.
L’analyse des TS chez les actifs montre l’existence d’inégalités socioprofessionnelles, avec un gradient social pour la population salariée (les ouvriers étant les plus touchés et les cadres les moins concernés) et une faible prévalence de TS parmi les exploitants agricoles. Les données sont superposables pour la mortalité par suicide chez les hommes, sauf la catégorie des exploitants agricoles qui présente la plus importante mortalité par suicide. Les différences ne sont pas statistiquement significatives chez les femmes, probablement en raison du faible nombre de décès. Néanmoins, chez les femmes, les secteurs de l’industrie et des biens d’équipement présentent une surmortalité par suicide significative, suivis par les secteurs de l’agriculture, sylviculture et pêche.
L’excès de risques concernant les professions du secteur de la santé n’a pas été retrouvée. Idem pour les policiers ou militaires.
Les femmes recourent le plus souvent à l’ingestion de substances liquides ou solides et les hommes utilisent les armes ou la pendaison. Quel que soit le sexe, le recours à la pendaison est le le moyen le plus fréquent chez les exploitants agricoles.
Cette étude souffre de différents biais : biais de sélection, biais de déclaration lié au recueil de données par téléphone, biais de déclaration des évènements de santé liés au groupe socioprofessionnel, biais de classement selon la catégorie socioprofessionnelle, biais de certification des données médicales (conduisant à un classement des suicides dans d’autres catégories de mort violente), mais aussi de limites (notamment sur la puissance des analyses statistiques) et de facteurs de confusion (tels que les antécédents psychiatriques ou les évènements de vie marquants).
Néanmoins, cette étude présente des atouts majeurs dans un objectif de surveillance des risques professionnels : bonne représentativité des estimations en termes de catégorie d’emploi, importance des effectifs, recueil sur un mode longitudinal permettant de prendre en compte la notion de chômage éventuel au recensement précédant le suicide et de tenir compte des différentes catégories socioprofessionnelles de l’individu déclarées au fil du temps.
(publié le 21 juillet 2010)