Suicide et conduite suicidaire
Repérage et perspectives de prise en charge

H. Romano Références en Santé au Travail, 2012, n°135, pp. 89-59. Bibliographie

"Tout sujet est susceptible de présenter une certaine vulnérabilité psychique en raison d’événements antérieurs, survenus souvent au cours de l’enfance.... Cette vulnérabilité psychique est susceptible de favoriser un passage à l’acte suicidaire sous l’influence de différents facteurs".
Le médecin du travail et l’équipe pluridisciplinaire doivent reconnaître les signes d’alerte de la crise suicidaire :

  • le salarié peut venir de lui-même mais la demande d’aide n’est pas toujours explicite,
  • le salarié est incité par un collègue (qui a remarqué un comportement inhabituel) à rencontrer le médecin du travail,
  • le salarié a des accidents du travail à répétition, des arrêts de travail fréquents, réclame de nombreux examens médicaux, entre en conflit avec sa hiérarchie ou ses collègues pour des motifs futiles.

Il faut dès lors évaluer les facteurs de risque, l’urgence de la menace et la dangerosité du scénario suicidaire.
L’entretien avec le médecin du travail doit se faire dans le respect de la confidentialité et le médecin doit lui consacrer du temps. Le médecin le laissera s’exprimer en respectant ses manifestations de tristesse mais il demandera ce qui l’a conduit à entreprendre ces démarches. Le médecin abordera le risque suicidaire "en restaurant son sentiment d’appartenance, c’est à dire en parlant dans un premier temps des autres". L’objectif est de repérer les éventuels facteurs de protection (existe-t-il des personnes ressources au niveau familial ou social ou professionnel ?) et de proposer une prise en charge psychothérapique (pour gagner du temps, le médecin aura préalablement listé des correspondants sur son secteur). Si la situation est urgente, une hospitalisation est indispensable ; elle peut être imposée sans consentement du patient mais nécessite un contact avec le SAMU pour l’organisation de cette prise en charge.
Tout risque de conduite suicidaire nécessite un suivi (entretiens réguliers, lien avec les médecins de soins et intervenants sociaux, éventuel aménagement du poste de travail).

En cas de suicide sur le lieu de travail, outre les secours à prodiguer à la victime et information à la famille, il faut s’inquiéter des réactions de stress dépassé ou de stress inadapté chez les témoins directs. Un retour au domicile du témoin est possible après avis médical et s’il est accompagné d’un proche qui ne le laissera pas seul. Sinon, il faut l’orienter vers un service hospitalier par l’intermédiaire du SAMU.
Les témoins directs feront une déclaration d’accident du travail afin de faciliter la prise en charge d’éventuels troubles post-traumatiques survenant à distance.
En différé, il peut être proposé aux salariés des espaces de parole individuelle ou collective (animés par un psychiatre et/ou psychologue formés) éventuellement organisés en lien avec la cellule d’urgence médico-psychologique du SAMU, des réunions d’information à dimension administrative organisées par les directions, la participation aux funérailles afin de favoriser la restauration d’un objectif commun au groupe professionnel.
Si le suicide a eu lieu à l’extérieur de l’entreprise, la direction informera le personnel du décès sans toutefois donner les causes qui sont du domaine de la vie privée. L’instauration systématique de cellules d’écoute n’est pas indiquée mais les collègues qui le souhaitent seront orientés vers des spécialistes.

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(publié le 31 octobre 2013)