Technostress
Il est urgent de déconnecter

V. Leblanc, C. Lacourcelle, C. de Coppet, C. Talbot Entreprise et Carrières, 2011, n°1036, pp.20-27
Depuis l’ère des téléphones portables fournis par les entreprises à leurs cadres, il devient quasi impossible pour ces derniers de se déconnecter (41% des cadres sondés déclarent être dans ce cas), ce qui entraîne des difficultés à concilier vie professionnelle et vie personnelle. 73% des cadres travaillent en dehors des heures de bureau contre 27% des non-cadres. 72% affirment qu’ils ne souffrent pas de ce fil à la patte et "disent se sentir plus responsables et épanouis dans la gestion de leur temps". A l’inverse, 26% des cadres se disent aliénés, Internet faisant insidieusement pénétrer le travail dans leur vie personnelle ".
Des contentieux apparaissent et certains revendiquent, soit la prise en compte des heures supplémentaires, soit le droit à la déconnexion en dehors des heures de travail. Certains parlent même de harcèlement ou de non respect du repos de 11 heures consécutives entre deux journées de travail. S’ajoute à ce stress, la surcharge d’informations générée par ces techniques de l’information et de la communication (TIC ), qui obligent les cadres à passer "15 à 20% de leur temps de travail à manipuler, classer, rechercher de l’information". Des sollicitations incessantes obligent à un travail de plus en plus morcelé. (75% des cadres interrompent leur travail pour regarder le contenu d’un nouveau message qu’ils viennent de recevoir ". Un collaborateur reçoit en moyenne 34 courriels par jour (mais 14,5% en reçoivent plus de 60). En comptant les SMS, on arrive à 40 messages par jour, soit un message toutes les 12 minutes.
Quelques entreprises ont formalisé des règles, telles que des "journées sans mails", "privilégier la rencontre en direct", "rester courtois technologiquement", "savoir se déconnecter", partir en congé sans son ordinateur, ne pas se connecter pendant les réunions, ne pas manger à son bureau, inscrire son temps de travail dans une plage horaire raisonnable, en fait apprendre à "résister à une utilisation abusive et inappropriée du e" ; l’objectif étant de ne plus "laisser les salariés dans un état de sur-stimulation permanent".
Les avocats américains conseillent aux entreprises d’inscrire l’interdiction de travail en dehors du bureau dans le règlement intérieur. Le problème est que les chefs de service n’appliquent pas le règlement.
(publié le 2 mai 2011)